Procès des attentats du 13-Novembre : "Se suspendre aux lèvres de Salah Abdeslam, c'est se placer en otage" de l'accusé, estime un avocat de parties civiles

L'avocat Gérard Chemla représente 131 parties civiles, des victimes, des proches de victime et la Fenvac, la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accident collectifs.

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Radio France
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La salle spécialement amménagée dans laquelle va se tenir le procès des attentats du 13 novembre 2015 à Paris. (BRUNO COUTIER / BRUNO COUTIER)

"Se suspendre aux lèvres de Salah Abdeslam, c'est se placer en otage de Salah Abdeslam", a déclaré l'avocat Gérard Chemla, mercredi 8 septembre sur franceinfo, alors que s'ouvre le procès des attentats du 13-Novembre. Il représente 131 parties civiles, des victimes, des proches de victime et la Fenvac, la Fédération nationale des victimes d'attentats et d'accident collectifs. De ce procès, il n'attend "pas beaucoup des accusés", mais espère que ce procès rendra "de la dignité, de l'existence" aux victimes. Il souhaite un procès "exemplaire" parce que "si nous ne répondons pas à l'horreur par la justice, nous allons nous perdre nous-mêmes".

franceinfo : La volonté de justice, est-ce qui anime la plupart de vos clients ?

Gérard Chemla : Oui et c'est heureux, on pourrait imaginer une autre réaction qui serait de dire "il faut les tuer tous". Non, là il y a une vraie démarche de justice, l'idée étant de répondre à l'horreur par quelque chose qui émane de la démocratie. On a voulu tuer la liberté, nous répondons par la justice, cela me paraît être un bon équilibre.

Qu'attendent vos clients et qu'attendez-vous de ce procès ?

Nous attendons déjà qu'il ait lieu. Le procès est un rituel nécessaire dans une démarche après un crime aussi abominable. Après, il doit se passer des choses. On va déjà rendre de l'identité et de l'humanité à des gens qui en ont été privés. Il faut bien comprendre qu'on leur tire dessus, non pas pour ce qu'ils sont, mais simplement parce qu'on attaque la liberté en France. Donc il faut leur rendre de la dignité, de l'humanité, de l'existence, une épaisseur charnelle. Deuxième chose : nous avons des comptes à demander à la République, à la Belgique, aux autorités quelles qu'elles soient. C'est dans ce procès-là que nous pouvons faire le point et mettre les choses à plat. Et puis, il y a des accusés. Je n'attends pas beaucoup des accusés et je ne me place certainement pas en otage de ce qu'ils vont dire ou ne pas dire. Mais nous devons les juger, répondre par un message clair de sagesse et de fermeté à des comportements barbares, inhumains.

Vous n'attendez rien de Salah Abdeslam, seul membre des commandos encore en vie ?

D'abord il faut arrêter d'en faire une star. Ce type-là n'est pas une star, c'était le chauffeur qui faisait les courses pour le commando. Il devait aller jusqu'au bout et, pour une raison qui sera à déterminer, il n'y est pas allé, mais c'est tout sauf une star. On lui taille un costume qui ne lui va pas et qui est bien trop grand pour lui. Deuxième chose, se suspendre aux lèvres de Salah Abdeslam, c'est se placer en otage de Salah Abdeslam. Dans cette affaire, les spectateurs du Bataclan ont été otages, ne nous remettons pas en situation de victimes. Il faut garder la main, c'est nous qui donnons cette fois le timing et le tempo. Qu'il parle ou qu'il ne parle pas, ce n'est pas le débat. Nous devons le juger et le dossier parlera pour lui.

Espérez-vous un procès digne ?

J'attends surtout qu'on remette de la dignité dans le procès, la dimension du procès doit être exemplaire. La République, qui a failli jusqu'à l'attentat, s'est donné les moyens de juger les gens au lendemain de l'attentat. Nous devons être à la hauteur à la fois de la douleur des victimes et leurs proches, de leurs peines, de la nécessité de justice. Il faut que cette justice soit exemplaire parce que précisément, si nous ne répondons pas à l'horreur par la justice, nous allons nous perdre nous-mêmes. Regardez un peu ce qui s'est passé pour le 11-Septembre. Les Américains n'ont jamais été capables de juger les terroristes. Ils ont répondu par la guerre. On voit comment cela se termine aujourd'hui à Kaboul. Nous devons nous rappeler que nous incarnons une République.

Ce procès se déroule dans une salle spécialement conçue pour l'occasion. Y a-t-il quelque chose d'essentiel là-dedans ?

Ce qui est essentiel, c'est que le procès se déroule dans une enceinte de justice. On aurait pu imaginer une salle de spectacle, là on est dans un tribunal. Malheureusement, cette salle n'est pas assez grande pour accueillir tout le monde, c'est dans 11, 12, voire 15 salles que le procès va se dérouler. Et il va y avoir toute une difficulté logistique parce que nous ne savons pas qui pourra y accéder, qui ne pourra pas y accéder. En tout cas, on est au palais, c'est important. A l'intérieur du palais, nous devons pouvoir nous sentir en sécurité et surtout savoir que ce qui plane à cet endroit-là n'est que l'ombre de la justice.

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