Attentats de Paris : quand Abdeslam évoquait son "bon ami" Abaaoud

L'enquête révèle les liens étroits entre Salah Abdeslam, en fuite depuis les attentats de Paris, et Abdelhamid Abaaoud, organisateur présumé des attaques.

Le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar Al-Baljiki, dans une photo publiée en février 2015 par le magazine \"Dabiq\", organe officiel de l\'Etat islamique.
Le jihadiste belge Abdelhamid Abaaoud, dit Abou Omar Al-Baljiki, dans une photo publiée en février 2015 par le magazine "Dabiq", organe officiel de l'Etat islamique. (- / DABIQ)

Lieutenant, logisticien, kamikaze raté, recruteur ? Le rôle exact de Salah Abdeslam, 26 ans, délinquant de Molenbeek (Belgique), reste à dessiner. Mais au-delà de son statut de probable "dixième homme" des attaques, son rôle apparaît crucial dans la genèse des attentats les plus meurtriers de l'histoire de France (130 morts), perpétrés le 13 novembre 2015. Notamment au regard de ses liens étroits avec Abdelhamid Abaaoud, mort le 18 novembre lors de l'assaut de l'appartement de Saint-Denis, où il avait trouvé refuge.

Plusieurs proches entendus par les enquêteurs ont raconté comment, jusqu'au départ d'Abaaoud en Syrie début 2013, ces deux "vrais petits voyous" faisaient "les 400 coups", "tout le temps ensemble", rapporte à l'AFP une source proche du dossier.

"En dehors du jihad, c'est quelqu'un de bien"

Fin février 2015, un mois et demi après le démantèlement de la cellule jihadiste de Verviers en Belgique dont Abaaoud était le chef, les enquêteurs belges avaient d'ailleurs entendu Abdeslam, convaincus qu'il avait été récemment en contact avec Abaaoud, cible prioritaire des services antiterroristes européens. Pour Abdeslam, il reste "un chouette gars", qu'il connaissait depuis "plus de dix ans" avec qui il "traînait tout le temps", "un bon ami", selon la même source. Il affirme l'avoir un peu perdu de vue, dit rejeter ses actes, mais ajoute : "En dehors du jihad, c'est quelqu'un de bien."

Outre Verviers, Abaaoud est alors sous le coup d'une condamnation à vingt ans de prison pour avoir enlevé début 2014 son petit frère de 13 ans et l'avoir emmené en Syrie. Il apparaît dans les enquêtes sur plusieurs actions ou projets terroristes de ces derniers mois. Lors de son audition, Salah Abdeslam ne peut ignorer que son ami est devenu un personnage important de l'organisation de l'Etat islamique (EI).

Lui, est décrit par des proches comme un musulman "pas trop pratiquant", qui "sortait en boîte", "buvait de l'alcool et ne faisait pas sa prière". Mais la biographie récente d'Abdeslam comporte des aspects moins anodins. En 2015, il s'est rendu en Grèce, puis en Autriche ou encore en Hongrie, des pays où transite le flot des migrants venus de Syrie. Il utilise plusieurs téléphones portables et c'est lui, l'enquête l'a déjà démontré, qui a loué les voitures des terroristes. Depuis, il a disparu des radars.