Des rescapés des attentats du 13-Novembre déplorent l'instrumentalisation des victimes par un collectif pro-Eric Zemmour

Le mouvement Génération Z, qui rassemble les jeunes soutiens du polémiste, a publié mardi une série de photos montrant des personnes tuées dans des attaques terroristes ou lors de faits-divers, accompagnées du hashtag #NosViesComptent.  

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Un an après les attaques, des personnes commémorent les attentats du 13 novembre 2015, à Paris, devant le Bataclan, le 13 novembre 2016.  (JOEL SAGET / AFP)

Sur les photos reprises mardi 20 juillet par le compte Twitter de Génération Z, le mouvement rassemblant les jeunes soutiens à la candidature d'Eric Zemmour à la présidentielle de 2022, apparaissent plusieurs victimes des attentats du 13 novembre 2015, du 14 juillet 2016 à Nice et de l'attaque au couteau de la gare Saint-Charles de Marseille, le 1er octobre 2017.

On peut aussi voir les visages du couple de policiers assassiné dans les Yvelines en juin 2016, du père Hamel, tué un mois plus tard, ou encore de Samuel Paty, le professeur assassiné en octobre 2020. Apparaissent également les photos de victimes de faits-divers, comme la jeune Victorine Dartois, dont le corps a été retrouvé le 26 septembre 2020 en Isère, ou celui de Théo, 18 ans, poignardé par un client mécontent dans une boutique Bouygues Télécom de Seine-et-Marne, le 10 juillet.

Toutes ces photos ont été postées avec un filtre identique, montrant chaque défunt en noir et blanc, avec un cadre bleu, blanc, rouge et accompagnées du slogan "Nos vies comptent". Et elles ont immédiatement fait réagir. Georges Salines, le père d'une des victimes des attaques du Bataclan, a ainsi fait part de son indignation : "Je tombe sur cette ignoble campagne pro-Zemmour utilisant les photos de nos enfants décédés. J'ai juste envie de hurler", écrit-il sur Twitter.

Il est rejoint par Christophe Naudin, enseignant et historien, rescapé du Bataclan, qui fustige la "propagande islamophobe et raciste" du camp d'Eric Zemmour, "sans l'autorisation des familles".

Plainte d'une association de victimes

L'association de victimes des attentats 13Onze15 - Fraternité et Vérité a elle aussi tancé cette démarche. "Rappelons que l'utilisation sans autorisation d'images de victimes de terrorisme n'est pas une façon de rendre hommage à leur mémoire. C'est de la profanation. Quelle que soit la couleur politique", écrit-elle. Contactée par franceinfo, elle a annoncé déposer plainte après l'utilisation de ces photos de victimes sur les réseaux sociaux.  

Arthur Dénouveaux, président de Life for Paris, une autre association de victimes du 13-Novembre, a directement interpellé le réseau social, regrettant que "ce compte souille la mémoire des victimes de terrorisme". Interrogé par franceinfo, il assure que l'association "soutiendra toutes les démarches des familles" qui souhaiteraient poursuivre le mouvement en justice.

Pour lui, cette campagne de communication est un "rappel permanent du fait que les victimes du terrorisme ne sont pas totalement considérées comme des êtres humains mais comme des objets politiques, qui peuvent être utilisés n'importe comment. Mais là, c'est un cas extrême"

Pour Génération Z, "on s'attaque au messager plutôt qu'au message" 

De son côté, Stanislas Rigault, porte-parole de Génération Z, se défend de toute volonté de récupération politique. "Si honorer la mémoire des victimes c'est de la récupération, on n'y peut plus rien", déclare-t-il à franceinfo. Il explique que le but du hashtag #NosViesComptent est de "mobiliser sur l'insécurité et rendre hommage aux victimes de meurtres et d'attaques au couteau".

Il regrette les critiques qui sont adressées au mouvement. Pour lui, "on s'attaque au messager plutôt qu'au message : on devrait s'en prendre à ceux qui ont causé la morts de ces personnes, dans une violence inouïe".

"Notre but n'est pas de mettre dans le mal les familles des victimes. Je compatis totalement avec leur douleur. On ne leur demande pas de partager nos opinions politiques".

Stanislas Rigault, porte-parole de Génération Z

à franceinfo

Pour l'instant, il assure ne pas vouloir retirer les visuels. "Si un proche nous demande de les retirer, on verra. Mais ce n'est pas quatre tweets qui vont nous faire les supprimer".

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