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Comment les attentats pèsent sur le lien social en France

Un mois après les attentats de Paris et Saint-Denis, l’institut de sondage CSA dresse un premier bilan du lien social en France.

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France Télévisions
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Un homme se recueille, place de la République, à Paris, le 15 novembre 2015. (OLIVIER DONNARS / NURPHOTO / AFP)

Des drapeaux tricolores aux fenêtres, sur les photos de profil Facebook, des centaines de bouquets de fleurs, de bougies et de messages place de la République à Paris... Les Français ont multiplié les manifestations de soutien à la leur patrie après les tragiques évènements. Dans son étude publiée le 8 décembre, basé sur des sondages réalisés avant et après les attaques du 13 novembre, l’institut CSA tente de décrypter le lien social existant au sein de la société française à la lumière des attentats. Tiraillés entre un désir de rassemblement et des tensions socio-économiques dominantes, les Français risqueraient de se replier sur eux-même. Portrait d'une France qui hésite entre union et fermeture.

Un besoin de se rassembler

Quelques jours après les attentats, 46% des sondés déclarent que ce qui les rassemble est plus fort que ce qui les divise. Ils expriment alors un fort désir d’union. "On sent un vrai regain de fierté nationale mais il ne faut pas oublier que ça existait déjà avant. Les Français ont l’amour de leur pays chevillé au corps", analyse Julie Gaillot, directrice adjointe du pôle Société du CSA. D’ailleurs, 77% des sondés se déclarent fiers d’être Français. Pour 72% des Français, cela signifie un attachement aux valeurs de la République : liberté, égalité, fraternité.

Pour la spécialiste des sondages, "les Français ont une autre image de leur pays quand il est attaqué pour les valeurs qu’il représente. Ils ont le sentiment qu'il brille d’autant plus". Début novembre, 59% estimaient en effet que le pays était en déclin. Après les attentats, ils n’étaient plus que 48%. Les Français avaient alors confiance en leur capacité à être solidaires à 52%.

Mais "l’étude a été réalisée à chaud quelques jours après les attentats. L’opinion était sous le coup de l’émotion", précise Julie Gaillot. Car au début du mois de novembre, avant les attentats donc, 54% des sondés répondaient "non" à la question "Est-ce qui ce qui vous rassemble est plus fort que ce qui vous divise ?" Le mouvement d’union qui était apparu après les attentats de janvier 2015 était alors retombé.

Mais des tensions qui restent fortes

Pour Régis Meyran, anthropologue et chercheur associé à l’université de Nice, "il existe une ambivalence entre ce regain de confiance avec une volonté de faire front et une angoisse très forte autour de la crise économique et sociale qui est là depuis longtemps". On peut l’observer à travers les 37% de Français qui s’estiment en difficulté financière. Le principal mobile d’indignation, mesuré avant les attentats, était la fraude aux aides sociales pour 37% des personnes interrogées. Les rapports sociaux étaient tendus et "le regard sur l’autre" se durcit, peut-on lire en conclusion de l’étude.

En plus de se sentir dans une société qu'ils ne jugent pas assez égalitaire (pour 72% des sondés), les Français avaient le sentiment d’une "menace sur l’identité de la France" à 67% avant même les attentats du 13 novembre. Après les événements, cette part est passée à 70%. Les conséquences de ces tensions pourraient être un repli sur soi s’exprimant dans un besoin de protection. Comme en janvier. "Avant les attentats de janvier 2015, les préoccupations d’ordre socio-économiques étaient dominantes mais après cet épisode dramatique, les préoccupations sécuritaires ont grimpé puis explosé après celui de novembre", analyse la directrice adjointe de l'institut CSA.

Des préoccupations qui évoluent

"Le monde extérieur est vécu comme une menace. On veut mieux vivre ensemble mais entre nous, la France devrait se protéger du monde extérieur", explique Julie Gaillot. 50% des sondés estiment que la France doit se protéger davantage du monde d’aujourd’hui contre 41% au début du mois de novembre 2015. C’est pourquoi la lutte contre le terrorisme est devenue la première préoccupation des Français (44%) fin novembre devant la création d’emplois (29%) et l’immigration (26%).

Pour obtenir une protection renforcée, les Français seraient prêts à abandonner certaines libertés, comme la libre circulation au sein de l’espace Schengen. "Mais ce n’est pas le cas des libertés fondamentales comme la libre circulation au quotidien, la protection de la vie privée ou la liberté d’expression", bien que leur position sur ces sujets se soit assouplie depuis 2013 – ils sont 16% de plus à se dire favorables au reniement de certaines libertés. Pourtant, "il ne s'agit pas d'une menace identitaire car ce n'est pas notre histoire qui est menacée, on ne l'a pas perdue dans ces attentats, s'emporte le chercheur Régis Meyran. Il s'agit seulement d'une menace de sécurité publique". 

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