Comment la BRI a mené l'assaut au Bataclan

Les policiers sont entrés à 22h15 dans la salle de spectacle. Mais ce n'est que près de deux heures plus tard que l'assaut a pris fin. Récit de cette intervention. 

Un policier aux abords du Bataclan à Paris, le 13 novembre 2015. 
Un policier aux abords du Bataclan à Paris, le 13 novembre 2015.  (NICOLAS MESSYASZ/SIPA)

"C'était l’Hyper Cacher puissance dix". Trois jours après les attaques de Paris, les détails de l'assaut mené par les forces de police, la BRI et le Raid, confirment encore un peu plus l'horreur du drame qui s'est déroulé derrière les murs du 50 boulevard Voltaire.

C'est à 22h15 que les policiers de la Brigade de recherche et d’intervention (BRI) arrivent aux portes du Bataclan, rapporte 20 minutes. Quelques minutes plus tôt, un policier d’une brigade anticriminalité avait abattu un des assaillants. Mais quand ces hommes d'élite prennent le relais et pénètrent au rez-de-chaussée, il y règne un "silence de mort". Sous leurs yeux, des centaines de personnes grièvement blessées ou déjà mortes. "C’est l’enfer de Dante", raconte un policier au Monde. Le quotidien précise que l'odeur est insoutenable. Le silence est seulement brisé par les sonneries des téléphones. Sans doute des proches cherchant à contacter les personnes prises au piège.

Pour les forces de police, c'est la confusion. Où sont les terroristes ? Ont-ils pris la fuite ? La priorité à ce moment-là est d'évacuer les blessés. Une opération qui dure plusieurs dizaines de minutes.

Une vingtaine d'otages

Le Raid arrive alors en soutien, permettant aux hommes de la BRI de se lancer vers 23 heures dans l'exploration des étages. Deux colonnes progressent, chacune par un escalier et derrière un lourd bouclier de protection. Les policiers ouvrent des portes, permettant à des spectateurs de s'échapper. Terrorisés, ces derniers sortent des placards ou des faux plafonds. A ce moment-là, toujours aucun coup de feu n'a été échangé entre les forces de l'ordre et les kamikazes.

A 23h15, les hommes de la BRI se retrouvent devant une nouvelle porte, derrière laquelle les deux tireurs retiennent en otage une vingtaine de spectateurs. Selon 20 minutes, ils se servent de l'un d'eux pour crier aux policiers qu'"ils sont une vingtaine. Que les terroristes vont les décapiter, qu’ils ont des ceintures d’explosifs". Les deux hommes transmettent un numéro de téléphone et le dialogue se poursuit avec un négociateur de la BRI. Cinq échanges téléphoniques qui ne donnent rien. "A chaque fois, ils ont demandé aux policiers de partir, sans quoi ils allaient continuer à tuer", précise Le Monde. A 0h20, le préfet de police donne son feu vert pour déclencher l'assaut. 

Trois minutes d'assaut

Les policiers ouvrent cette dernière porte donnant sur un étroit couloir d'une dizaine de mètres. Immédiatement, les terroristes ouvrent le feu, repliés derrière les otages. Les hommes de la BRI répliquent. Preuve de la violence des échanges, le bouclier des policiers, dont 20 minutes publie la photo, est criblé d'une trentaine d'impacts. Une demi-douzaine de grenades explosent. Des détonantes pour aveugler les terroristes, et des défensives pour progresser.

La suite, c'est un rescapé qui la raconte à La Provence : "Quand j’ai vu une deuxième grenade assourdissante tomber à mes pieds, je me suis dit que c’était le moment de m’enfuir. J’ai couru, la grenade a explosé et m’a projeté sous le bélier. Tous les membres du Raid sont passés dessus. Je me faisais piétiner mais ça a été la douleur la plus heureuse de ma vie. J’étais protégé."

Un policier est blessé à la main par une balle qui ricoche. Un des terroristes s'effondre, puis une violente explosion retentit. Il s'agit de la ceinture du deuxième terroriste qui vient d'exploser. Des civils ont-ils été tués ou blessés durant l'assaut ? Non, selon 20 minutes, "les vingt otages qui se trouvaient entre la BRI et les terroristes sont sains et saufs." Le Monde, de son côté, ne donne pas de précision sur ce point. L'assaut en lui-même aura duré trois longues minutes.