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Attentats : "une forme de suspicion va peser sur toutes les victimes", redoute une association face à une affabulatrice présumée

L'association "13.11.15" craint que le comportement de la fausse victime, qui comparaît mardi à Paris, soit préjudiciable aux "vraies victimes". Elle a fait croire qu'elle avait été blessée lors des attaques terroristes de novembre 2015.  

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Radio France
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Une femme est jugée pour avoir prétendu qu'elle avait été blessée lors de l'attentat contre le Carillon à Paris dans le 10e arrondissement de Paris, le 13 novembre 2015. (GUILLAUME GEORGES / MAXPPP)

Une femme de 32 ans a affirmé pendant deux ans qu'elle avait été victime de tirs sur la terrasse du Carillon lors des attentats à Paris en novembre 2015. Elle est jugée mardi 2 octobre au tribunal correctionnel. "Il y a une forme de suspicion qui va, d'une certaine manière, peser sur toutes les victimes désormais", a réagi sur franceinfo, Philippe Duperron, président de "13.11.15", une association qui regroupe des victimes des attentats du 13-Novembre. 

franceinfo : L'avocat de l'association Life for Paris, portée partie civile dans ce procès, a parlé à l'audience de la "colère" et du "dégoût" des vraies victimes et proches de disparus. Ce sont des mots que vous reconnaissez ?

Philippe DuperronOui, pour la colère. Le dégoût, sans doute, même si le mot me paraît un peu fort. Il y a un vrai problème, la justice doit intervenir et sanctionner sans aucune réserve ces comportements. Cependant, j'en arrive à me demander dans quelle mesure de tels comportements ne relèvent pas également de la psychiatrie. Cette forme de besoin d'exister, de besoin d'être quelque chose à un moment donné, dans un contexte dramatique est quelque chose de très compliqué, même s'il n'excuse en rien le comportement.

Une quinzaine de personnes ont déjà été condamnées pour des affaires similaires. Comment réagit votre association à ce type de comportements ?

Nous avons déjà eu l'occasion de nous porter partie civile, dans le procès de Cédric Rey qui avait eu lieu à la cour de Versailles en fin d'année 2017. [Il a été condamné à six mois de prison ferme]. Il nous paraissait que, symboliquement, il fallait le faire et qu'il faut dénoncer de tels comportements.

Cependant, peut-on faire une enquête sur chaque personne se présentant comme une victime des attentats ? N'est-ce pas un traumatisme de plus ? 

C'est en effet quelque chose de compliqué. On voit qu'il y a un effet de balancier parce que, si on lit bien l'amendement déposé par les sénateurs, qui est la suite du rapport de la commission Bussière [sur l'indemnisation des victimes du terrorisme], on voit qu'il y a une forme de suspicion qui va, d'une certaine manière, peser sur toutes les victimes désormais. Des droits d'investigation vont être accrus pour démontrer que chacune est bien une vraie victime et pas une fausse victime. Il y a là un effet de balancier tout à fait préjudiciable à toutes les victimes, dont la grande majorité sont de vraies victimes, blessées et profondément traumatisées.

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