Attentats du 13-Novembre : "Je vais bien, parce qu'aller mal ça serait les laisser gagner" témoigne Sonia, rescapée

Un an après, franceinfo donne la parole aux témoins et victimes du 13-Novembre. Sonia Zenak, étudiante, est l'une des trois personnes grièvement blessées par le kamikaze qui s'est fait exploser au Comptoir Voltaire. 

Sonia, l\'une des trois victimes du comptoir Voltaire à Paris où un kamikaze s\'est fait exploser le 13 novembre 2015. 
Sonia, l'une des trois victimes du comptoir Voltaire à Paris où un kamikaze s'est fait exploser le 13 novembre 2015.  (Jérôme Jadot / RADIO FRANCE)

Un an après les attentats du 13-Novembre, Sonia Zeniak, grièvement blessée, oscille encore entre interrogation sur ce qu'elle fait encore parmi les vivants et ferme intention de ne rien lâcher, face à ceux qui veulent semer la terreur. L'étudiante est l'une des trois personnes grièvement blessées par le kamikaze qui s'est fait exploser au Comptoir Voltaire, où elle était attablée.

Un an après, le Comptoir Voltaire, à Paris, est le lieu qu'elle a choisi pour répondre à franceinfo. Sur les lieux où le terroriste s'est fait exploser, deux mètres devant elle. Là même où elle a été criblée de boulons et d'autres projectiles. Sonia y est revenue dès qu'elle a pu, après un mois d'hospitalisation. Et elle y revient régulièrement depuis, comme pour conjurer le sort, comme pour bien vérifier que le lieu où elle a frôlé la mort est redevenu un lieu de vie. "Ça a été une thérapie. Quand je me mets sur la terrasse, je sais parfaitement où était le terroriste, où était la serveuse, où étaient les flaques de sang".

La peur de la "pitié" des autres 

Le 13 novembre 2015, le sang a coulé du crâne de Sonia, brisé par un boulon, et de son avant-bras, transpercé par un deuxième. Dans l'attentat, elle a quasiment perdu la vue de l'œil gauche. Sept opérations plus tard, rien de tout celà n'est plus visible. Les cheveux noirs de Sonia ont repoussé. Elle cache ses cicatrices sous un pull à col roulé et doit, de temps en temps, s'essuyer le bord de l'œil qui coule un peu. Mais dans une société où l'apparence est reine, dit-elle, c'est déjà beaucoup. "Avoir un œil qui pleure à 23 ans c'est quelque chose dont j'ai honte" explique-t-elle. 

J'ai peur qu'on ait pitié de moi. J'ai peur qu'on me voit autrement, alors que dans ma tête je suis toujours la même. Avec des trous...Sonia, victime des attentats du 13-Novembresur franceinfo

Souvent, le matin, la jeune femme doit se faire violence pour ne pas rester sous la couette. "Je vais bien, parce qu'aller mal, ça serait les laisser gagner", souligne la jeune fille. Elle a pourtant connu des phases où, après avoir tutoyé la mort, elle se sentait invulnérable. "Le côté invincible, je l'ai moins. C'est plus le côté noir qui me rattrape au bout d'un an. Je ne comprends pas pourquoi je suis toujours là. Il y a des jours où j'ai l'impression de ne pas avoir ma place et je ne comprends pas. Alors je me suis mise à vivre pour les personnes qui sont parties ce soir-là." 

Les études, la "bouée de sauvetage" 

À quoi ressemble la vie de Sonia, un an après ? Il y a d'abord les rendez-vous médicaux qui se poursuivent. L'étudiante subit une intervention chirurgicale à l'œil à peu près tous les mois. Il y a les études aussi. "Ma bouée de sauvetage", dit-elle. Malgré une longue absence, elle a validé sa première année de BTS commerce en juin et elle suit assidûment la deuxième, en dépit des migraines et de la fatigue. Le shopping et les sorties entre amis se sont intensifiés. En revanche, Sonia ne pratique plus l'équitation ou la danse. Par peur d'abîmer encore son corps déjà meurtri. 

Pour éviter un gros contre-coup dans les mois ou les années qui viennent, Sonia envisage de consulter un psychologue. Par ailleurs, elle attend impatiemment le procès du seul membre du commando arrêté, Salah Abdeslam. "Si c'est possible d'être en face de l'un d'eux, de pouvoir le regarder, de pouvoir lui montrer qu'on est toujours là malgré tout ce qu'il a essayé de faire, ça serait une grande victoire", explique-t-ellle. "Ils ont une tactique très, très lâche : tuer le plus grand nombre de personnes et puis se tuer après. Plus personne ne peut donc les juger, plus personne ne peut rien dire sur eux."

Le procès de Salah Abdeslam ? Pour une fois qu'on en a un qui peut nous affronter, ça peut être pas malSonia, victime des attentats du 13-Novembresur franceinfo

À plus court terme, Sonia refait des projets de jeune femme de son âge. Un master à la fac, avoir son propre appartement, voyager en Thaïlande ou en Californie. Pour ce dernier projet, il lui faudra surmonter un autre héritage de son 13-Novembre : une claustrophobie qui lui rend pour le moment impossible l'idée de monter dans un avion.