Attentats du 13-Novembre : "Chacun réagit à sa manière mais il faut que les personnes se manifestent"

Trois ans après les attaques du 13 novembre 2015, Bruno Boniface, psychiatre à l'hôpital Bicêtre (Val-de-Marne), appelle sur franceinfo mardi les personnes qui ont été exposés, directement ou non, aux attentats à libérer leur parole et se manifester.

L\'entrée du Bataclan, où des spectateurs font la queue pour entrer le soir de la réouverture de la salle, le 12 novembre 2016.
L'entrée du Bataclan, où des spectateurs font la queue pour entrer le soir de la réouverture de la salle, le 12 novembre 2016. (FRANCOIS GUILLOT / AFP)

Trois ans après, un hommage national est rendu mardi aux victimes des attaques du 13 novembre 2015. Les traumatismes physiques et psychiques sont toujours là, même pour ceux qui n'ont pas vécu directement ces attaques. C'est le résultat d'une étude de Santé publique France, publiée aujourd'hui. "Trois ans plus tard, il est rare que ces symptômes soient encore présents", affirme Bruno Boniface, psychiatre à l'hôpital Bicêtre (Val-de-Marne), psychothérapeute dans le quartier de République, sur franceinfo mardi 13 novembre. Et il appelle les personnes exposées à en parler.

franceinfo : Vous avez-vous-même reçu des personnes traumatisées par ces attentats, même si elles ne les ont pas vécus directement ?

Bruno Boniface : Oui, c'est un événement qui a concerné les 20-40 ans qui habitent le quartier ou qui sortent dans le quartier de la République, adeptes d'un certain mode de vie tourné autour de la rencontre, de la drague, de l'alcool. Ce sont eux qui ont été ciblés par les terroristes. C'est devenu une communauté, une population qui sait qu'elle a été victime en tant que telle.

Comment dépasser le traumatisme ?

Chacun réagit à sa manière mais il faut que les personnes se manifestent. Il y a beaucoup de personnes qu'on ne voit pas en consultation. En parler est un bon début. Certains ont changé leurs habitudes, certains y pensent encore. L'idéal c'est quand même d'en parler. Il s'est développé une espèce de résilience collective pour tous ceux qui retournent régulièrement sur les lieux.

Quels sont les symptômes ?

Ce sont les symptômes du stress post-traumatique. Des comportements d'évitement, de troubles du sommeil, des cauchemars, des réminiscences, des réactions de sursaut. Chez ceux qui ont été moins exposés, c'est le fait d'y penser tout le temps, quand on passe devant les lieux touchés par les attaques, les plaques commémoratives notamment. Trois ans plus tard, il est rare que ces symptômes soient encore présents. Les stress post-traumatiques apparaissent en général de façon très précoce mais peuvent se maintenir dans la durée. Il faut être prudent.