Terrorisme : ce que l'on sait de la recherche de suspects à Genève

La police suisse recherche au moins quatre personnes liées à la mouvance jihadiste à Genève, où la sécurité a été renforcée en réponse à une "menace terroriste".

Des policiers contrôlent un véhicule à l\'aéroport de Genève, le 10 décembre 2015.
Des policiers contrôlent un véhicule à l'aéroport de Genève, le 10 décembre 2015. (RICHARD JUILLIART / AFP)

La police de Genève (Suisse) recherche activement plusieurs personnes suspectées d'être liées au terrorisme. Leur signalement a été fourni mercredi après-midi par les autorités confédérales suisses. Des forces de police supplémentaires ont été déployées et le niveau d'alerte a été relevé à Genève, précise le département de la Sécurité dans un communiqué, jeudi 10 décembre.

Y a-t-il un lien avec les attentats de Paris ?

La police est à la recherche de suspects possiblement "liés au terrorisme", mais la police fédérale assure ne disposer d'aucune information les reliant directement aux attentats du 13 novembre en France.

Le département de la sécurité genevois avait dans un premier temps indiqué que les suspects étaient recherchés "dans le cadre des investigations menées suite aux attentats de Paris". Cette formulation était "maladroite", a commenté la police fédérale à Berne.

Pourquoi le niveau d'alerte est-il relevé à Genève ?

Le procureur général de la Confédération a annoncé dans un communiqué avoir ouvert mercredi une enquête pénale "sur la base d'une menace terroriste dans la région de Genève""Le but principal est d'empêcher un événement terroriste", a expliqué le procureur. "Nous sommes passés d'une menace floue à une menace précise", a déclaré à la radio suisse Emmanuelle Lo Verso, chargée de la communication du département de la Sécurité genevoise.

"Les autorités genevoises ont reçu mercredi après-midi, de la part de la Confédération, le signalement d'individus suspects susceptibles de se trouver à Genève ou dans la région genevoise. Des investigations sont menées en étroite collaboration avec les services nationaux et internationaux afin de pouvoir localiser et interpeller ces individus", affirme la police de Genève. Elle précise qu'elle ne fournira pas d'autres précisions pour des "raisons opérationnelles".

Qu'est-ce qui change dans le quotidien des Genevois ?

Pour le moment, aucune grande manifestation n'est annulée. A trois jours du traditionnel cortège de l'Escalade, qui commémore la victoire de la république protestante sur les troupes du duc de Savoie Charles-Emmanuel Ier, le Département envisage de renforcer le dispositif de sécurité pour encadrer la manifestation, qui attire des dizaines de milliers de Genevois. Aucun événement officiel n'est pour l'heure annulé.

Les lieux sensibles, à commencer par le siège des Nations unies, mais aussi les synagogues, aéroport, gare ou autres lieux de rassemblements bénéficient également d'une surveillance renforcée.

Et dans les départements français frontaliers ?

Après les attentats jihadistes de Paris du 13 novembre, qui ont fait 130 morts, et l'instauration de l'état d'urgence en France, les très nombreux points de passage entre la France et la Suisse dans la région de Genève donnent lieu à des contrôles renforcés, les forces de sécurité suisses et françaises coopérant dans cette mission.

Ces mesures ont encore été renforcées jeudi, notamment dans l'Ain et la Haute-Savoie, deux départements français limitrophes de la région genevoise. "Les services de police, de gendarmerie et des douanes sont sur le terrain et renforcent leurs contrôles", a ainsi fait savoir la préfecture de l'Ain. "Le degré de vigilance aux frontières déjà élevé a été rehaussé dans les deux sens", a souligné de son côté la préfecture de Haute-Savoie.

Le siège des Nations unies est-il visé ?

Les Nations unies ont leur siège européen à Genève, qui fait l'objet jeudi d'une surveillance renforcée avec de nombreux gardes armés de fusils automatiques, une mesure tout à fait inhabituelle. "L'alerte a été lancée mercredi soir à 20 heures. Après avoir rassemblé des renforts, nous avons fouillé le bâtiment dans la soirée et demandé à ceux qui y travaillaient encore de l'évacuer", a expliqué un garde de l'ONU.

Une réunion sur la Syrie entre émissaire de l'ONU et vice-ministres américain et russe, prévue vendredi, ne se tiendra pas au siège de l'ONU mais dans un lieu secret et aucune couverture médiatique n'aura lieu, ont annoncé jeudi les Nations unies.

Qui sont les personnes recherchées ?

Dans l'après-midi, La Tribune de Genève et Le Temps ont évoqué jusqu'à six suspects. La Tribune précise qu'un "véhicule utilitaire immatriculé en Belgique, avec à son bord deux hommes, est entré sur le territoire suisse dans la nuit de mardi à mercredi"Le Temps rapporte que "la police genevoise a repéré ce véhicule et ses deux occupants dans le quartier de Plainpalais le 8 décembre".

Une des personnes qui se trouvait dans la camionnette est fichée comme étant un ami de Salah Abdeslam, l'un des suspects clé des attentats de Paris, toujours en fuite, affirme le journal Le Temps. Les deux occupants de ce véhicule avaient notamment été signalés par les autorités françaises en raison de forts soupçons de radicalisation. Ils avaient réussi à prendre la fuite et à quitter la Suisse.

Par ailleurs, "quatre hommes considérés comme des sympathisants de l’Etat islamique, susceptibles de se trouver à Genève, sont aussi recherchés", selon La Tribune. Ceux-ci n'auraient pas de lien direct avec les occupants de l'utilitaire.