Deux ans après le 13-Novembre, à quoi ressemble la vie de Salah Abdeslam ?

Le principal suspect survivant des attentats du 13-Novembre, âgé de 28 ans, est incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). Placé à l'isolement et surveillé 24 heures sur 24, ses conditions de détention ont été légèrement assouplies par crainte "pour sa santé mentale".

Salah Abdeslam est placé à l\'isolement à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne).
Salah Abdeslam est placé à l'isolement à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). (GEOFFROY VAN DER HASSELT / AFP)
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franceinfo avec AFPFrance Télévisions

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Il reste l'un des détenus les plus surveillés de France. Deux ans après les attentats du 13-Novembre, Salah Abdeslam est le principal suspect encore en vie ayant participé aux commandos jihadistes qui ont fait 130 morts et des centaines de blessés dans la capitale et à Saint-Denis. En attendant son procès, il est incarcéré à la prison de Fleury-Mérogis (Essonne). L'instruction "est toujours en cours et les juges espèrent clôturer le dossier au printemps 2019", a déclaré, vendredi 10 novembre, sur franceinfo François Molins, procureur de la République de Paris. Le procès ne devrait pas se tenir avant 2021.

Dans l'attente d'un procès en Belgique

Le membre du commando du 13-Novembre, âgé de 28 ans, doit être jugé en Belgique, du 18 au 21 décembre, pour "tentative d'assassinat dans un contexte terroriste sur plusieurs policiers", après la fusillade à Forest le 15 mars 2016, trois jours avant son arrestation.

A la grande surprise des autorités belges, Salah Abdeslam a souhaité comparaître à ce procès et la Belgique a officiellement demandé à la France qu'il lui soit remis pour être jugé dans la capitale belge. Sa "remise temporaire" à la Belgique a fait l'objet d'un accord, début octobre, entre le procureur fédéral belge et le procureur de Paris. Le tribunal de première instance de Bruxelles a ainsi délivré le 19 octobre un "mandat d'arrêt européen" transmis quatre jours plus tard "aux autorités françaises compétentes", précise L'Obs.

Les conditions de son transfèrement restent à préciser. "Il y a des négociations qui sont en cours entre les Français et les Belges", a indiqué François Molins sur franceinfo. Selon la presse belge, plusieurs hypothèses sont à l'étude. Il pourrait ainsi être transféré chaque jour entre la France et la Belgique. Le trajet pourrait se faire en hélicoptère ou par convoi, relaie Le Soir

Le journal précise aussi que Salah Abdeslam pourrait, le temps du procès, être incarcéré au centre pénitentiaire de Bruges, le seul établissement belge offrant des normes de sécurité comparables à Fleury-Mérogis. C'est là que Salah Abdeslam avait été incarcéré entre son interpellation et son arrivée en France en avril 2016.

Muré dans son silence

Depuis son arrestation, Salah Abdeslam reste mutique. Selon Le Figaro, il reste prostré pendant des heures et ne parle plus à personne. Il passe ses journées à récurer sa cellule et à nettoyer ses aliments. "Il est en train de se forger un personnage de héros noir", a décrypté auprès de l'AFP Gérard Chemla, avocat de parties civiles. Au point de recevoir en prison des courriers de la part d'anonymes, certains louant ses actions, auxquels il lui est arrivé de répondre.

Il y a un an, ses avocats, le Français Frank Berton et le Belge Sven Mary, ont renoncé à le défendre à cause de son mutisme. Lors de son dernier interrogatoire, le 27 avril, il s'est de nouveau muré dans le silence, alors que des zones d'ombre demeurent sur son rôle le soir du 13 novembre 2015. Selon la police, il a eu un rôle actif dans la préparation des attentats. Mais le soir des tueries, il ne s'est pas fait exploser. Sa ceinture d'explosifs a été retrouvée à Montrouge (Hauts-de-Seine) quelques jours après : a-t-il refusé de l'actionner, comme il l'a raconté à des proches avant son arrestation, ou était-elle défectueuse, comme l'enquête semble le prouver ?

Surveillé jour et nuit par huit personnes

Salah Abdeslam est placé à l'isolement et il est surveillé 24 heures sur 24 par vidéo dans sa cellule. Huit personnes au total assurent cette surveillance, relate Le Monde. Sa détention requiert au total quatre cellules spécifiques : la cellule du détenu, une de rechange en cas de dégradations de la première, une pour accueillir le dispositif de vidéosurveillance et une contenant un rameur, qui permet à Salah Abdeslam de faire de l'exercice.

Il dispose également de deux heures quotidiennes de promenade grâce à un espace aménagé sur le toit de la prison. Un Coran et un tapis de prière ont également été mis à sa disposition pour lui assurer la possibilité d'exercer sa religion, comme le prévoit la circulaire du 14 avril 2011 relative au placement à l’isolement des personnes détenues.

Par ailleurs, Salah Abdeslam avait tenté de faire suspendre le dispositif de videosurveillance devant le Conseil d'Etat. En vain. La juridiction a rejeté cette demande. Pour elle, la vidéosurveillance continue se justifie dans la mesure "où le suicide ou l’évasion du détenu pourraient avoir une incidence importante sur l’ordre public".

Des conditions de détention assouplies

Selon le journal Le Parisien, les surveillants pénitentiaires ont décelé ces derniers mois "paranoïa" et "prostration" chez ce détenu, faisant craindre une tentative de suicide. Ses conditions de détention se sont donc assouplies. "Notre obsession, c'est qu'il puisse être présenté à son procès, c'est cela que nous voulons sauver à tout prix", a  expliqué la ministre de la Justice, Nicole Belloubet, mercredi 8 novembre.

Auparavant, Salah Abdeslam était placé dans un isolement strict, sans aucun contact sonore ou visuel avec l'extérieur. Depuis, le plexiglas qui obstruait l'unique fenêtre de sa cellule de 10 m² a été ôté. La vitre qui le séparait de ses visiteurs au parloir a également été retirée avec, en contrepartie, une fouille systématique avant son retour en cellule, détaille Le Figaro.