Attaque à Nice : "On est dans une phase de menaces extrêmement élevée", alerte Jean-Charles Brisard, président du Centre d’analyse du terrorisme

Jean-Charles Brisard estime qu'il faudrait mieux associer les maires dans la prévention de la radicalisation, alors que la menace est "de plus en plus imprévisible". 

Article rédigé par
Radio France
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 2 min.
Un policier à Nice après l'attaque à Nice le 29 octobre 2020.  (SEBASTIEN NOGIER / EPA)

"Il faut associer les capteurs locaux que sont les maires" à la prévention et à la lutte contre le terrorisme, estime jeudi 29 octobre sur franceinfo Jean-Charles Brisard, le président du Centre d'analyse du terrorisme, après l’attaque à Nice qui a fait trois morts dans la matinée. Il évoque également un niveau de menace très élevé, notamment depuis l’ouverture du procès des attentats de janvier 2015 et la republication des caricatures de Mahomet.

>>> Attaque au couteau à Nice : Jean Castex assure que la réponse du gouvernement sera "ferme, implacable et immédiate". Suivez notre direct

franceinfo : Quelle analyse faites-vous de ce nouveau drame ?

Jean-Charles Brisard : On est dans une phase de menaces extrêmement élevée, avec la multiplication depuis quelques semaines d'appels à commettre des attentats sur notre sol, qui viennent d'ailleurs de l'organisation Al-Qaïda, mais également de l'organisation Etat Islamique. On est vraiment dans une situation de tensions, avec un risque démultiplié par ce mimétisme qu'on observe, des individus qui commettent des attaques au couteau et immédiatement, quelques jours après, des répliques. On est vraiment dans cette phase aujourd'hui de tension extrême qui a commencé avec l'ouverture du procès de Charlie Hebdo, la republication des caricatures, tout cela relayé bien sûr également par un certain nombre d'individus dans la sphère islamiste radicale.

L’attaque au couteau est un mode opératoire difficile à appréhender ?

C'est un mode opératoire qui est aujourd'hui privilégié, qui est appelé d'ailleurs de ses vœux par les organisations terroristes elles-mêmes. Il y a quelques jours seulement, le directeur général de la police nationale a diffusé une alerte à l'ensemble des préfets qui évoquait précisément ce mode opératoire et le risque qui pesait sur des églises, du fait d'appels de ces organisations. Les modes opératoires sont de plus en plus improvisés, et puis, surtout, les individus qui commettent ces attentats sont inconnus bien souvent des services de renseignement, ce qui rend leur détection et leur neutralisation préventive extrêmement difficile.

Les églises sont-elles particulièrement menacés ?

Oui, elles le sont depuis plusieurs années. On se souvient de l’attentat de Saint-Etienne du Rouvray, en juillet 2016. L'attaque également sur le parvis de Notre-Dame de Paris, en 2017, puis ensuite les tentatives d'attentats ou les projets d'attentats à Villejuif en 2015, une église à Lyon en 2016, ou encore le marché de Noël et la cathédrale de Strasbourg en 2000. Ce symbole revient de manière récurrente dans la propagande de ces organisations terroristes, mentionné à de nombreuses reprises, notamment dans les magazines de l'Etat islamique et dans les communiqués d'Al-Qaïda.

Cela justifie-t-il que l’on porte le plan Vigipirate au niveau urgence attentat ?

Cela me paraît la moindre des choses. Ce qu’il faut faire, surtout, pour aller plus loin, c’est encore une fois renforcer nos dispositifs, permettre notamment de mieux associer les capteurs locaux que sont les maires, notamment à la prévention de la radicalisation, à la prévention du terrorisme. Les maires ont un pouvoir de police, disposent de polices municipales et pourraient très bien participer à l'effort national pour la prévention et la détection de toutes ces menaces. Aujourd'hui, on se rend bien compte qu'on est dans une situation où la lutte contre le terrorisme dépasse la seule action des services de renseignement. On a des profils qui sont totalement inconnus et avec une menace qui est de plus en plus imprévisible.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.