Agression d'un policier à Notre-Dame de Paris : ce que l'on sait de l'assaillant

L'enquête se concentre, mercredi, sur le profil de cet homme de 40 ans, dans un état "stable" après avoir été blessé au thorax par des tirs de riposte.

Des policiers devant la résidence étudiante Les Closbilles à Cergy (Val-d\'Oise), le 6 juin 2017. C\'est ici que vivait l\'homme qui a frappé au marteau un policier, devant Notre-Dame de Paris.
Des policiers devant la résidence étudiante Les Closbilles à Cergy (Val-d'Oise), le 6 juin 2017. C'est ici que vivait l'homme qui a frappé au marteau un policier, devant Notre-Dame de Paris. (SARAH BRETHES / AFP)

L'attaque a eu lieu mardi au cœur de Paris. Un homme a légèrement blessé un policier à la tête avec un marteau sur le parvis de la cathédrale Notre-Dame, aux environs de 16h30, selon la préfecture de police. Mercredi 7 juin, l'agresseur était dans un état "stable", selon une source judiciaire jointe par franceinfo. L'individu a été transporté à l'hôpital après avoir été touché par des tirs de riposte à la cuisse, et non pas au thorax comme cela avait été rapporté dans un premier temps. Il a été placé en garde à vue mercredi matin à l'hôpital. Les enquêteurs ont pu l'entendre rapidement.

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L'assaillant "a crié : 'C'est pour la Syrie'", a déclaré le ministre de l'Intérieur sur les lieux de l'attaque. Gérard Collomb a précisé qu'"il se présentait comme étudiant algérien, muni d'une carte dont nous devons vérifier l'authenticité". Selon des sources judiciaires à franceinfo, l'agresseur a revendiqué être "un soldat du califat", en référence au groupe Etat islamique. Voici ce que l'on sait de cet homme.

Un doctorant en sciences de l'information

L'agresseur, âgé de 40 ans, portait des papiers au nom de Farid I., né en Algérie en janvier 1977. Il a été journaliste en Suède puis en Algérie, selon l'université de Lorraine, rapporte France Bleu, avant d'arriver à Metz en 2014. Il s'est inscrit comme doctorant en sciences de l'information à l'université de Lorraine, où il préparait une thèse sur le journalisme et les élections dans les pays d'Afrique du Nord au Centre de recherche sur les médiations (Crem). Selon les informations de LCI, il serait marié avec une Suédoise. 

"Il était inscrit en thèse après avoir fait un cursus de journalisme en Suède, où il a obtenu un master, ce qui lui a permis d'exercer la fonction de journaliste pendant un an dans ce pays [puis] en Algérie", explique son ancien directeur de thèse, Arnaud Mercier, à franceinfo. 

Après la mutation à Paris de son directeur de thèse à la rentrée 2015-2016, l'étudiant quadragénaire déménage dans le Val-d'Oise pour le rejoindre, tout en restant inscrit à Metz. "Il m’a dit : 'Monsieur le professeur' – car il était très obséquieux –, 'puisque vous allez à Paris, moi ça faisait un moment que je me disais que la Lorraine ça ne m’intéresse plus, ça va me donner l’occasion de m’installer à Paris. Comme ça, ce sera plus simple de se voir et pour moi de trouver du travail'. Il n’avait pas beaucoup d’argent car il s’est installé dans une résidence étudiante à Cergy-Pontoise", confie Arnaud Mercier à RMC. Il "ne montrait rien de suspect, (...) il travaillait sur le journalisme, sur des sujets plutôt ouverts", ajoute le président de l'université de Lorraine, Pierre Mutzenhardt, à France Bleu.

Un homme qui n'avait pas "donné de signes de radicalisation"

Toujours à franceinfo, Arnaud Mercier confie que l'attaque à Notre-Dame l'a laissé abasourdi : "Pour moi, c'est absolument incompréhensible et 'inanticipable'. C'était un gentil garçon, ayant des valeurs très démocrates, qui n'a jamais parlé de religion, qui n'a jamais eu l'air de faire du prosélytisme en quoi que ce soit, dont je n'ai jamais entendu dire du mal de la France ou de l'Occident. C'était totalement inimaginable." "Le Farid que j'ai connu est aux antipodes de tout ce qu'on décrit", affirme-t-il aussi à l'AFP, en le décrivant comme un étudiant "doux comme un agneau" qui "défendait des valeurs de la démocratie".

Si l'agresseur a revendiqué être "un soldat du califat", il n'avait pas "donné de signes de radicalisation", a affirmé mercredi matin Christophe Castaner, le porte-parole du gouvernement, sur RTL. Mais "dès les premiers instants de son attaque, les mots qu'il a prononcés ont permis de classer cet attentat parmi les attentats terroristes", a-t-il ajouté.

Après l'ouverture d'une enquête par le parquet antiterroriste, une perquisition a eu lieu mardi soir dans la résidence étudiante de Cergy (Val-d'Oise) où l'homme occupait un logement. Les enquêteurs y ont retrouvé une vidéo d'un peu moins de deux minutes dans laquelle il prête allégeance à l'Etat islamique. Elle a été tournée la veille de son passage à l'acte, dans un appartement, apparemment celui qu'il occupait à Cergy (Val-d'Oise). L'homme a utilisé pour cela un simple appareil photo et a placé derrière lui une photocopie du drapeau de l'Etat islamique, selon les informations de franceinfo.

Après l'attaque, les enquêteurs avaient aussi trouvé dans son sac "plusieurs couteaux de cuisine". Une source policière affirme à LCI que ce sac contenait également un ordinateur et un "livre sur l’histoire du Maghreb au temps de la colonisation". 

Un individu discret

Interrogés par l'AFP, la plupart des locataires de la résidence où vivait Farid I., des étudiants, ont dit ne pas connaître l'assaillant. Un seul s'est souvenu d'un homme "très discret", qui "habitait là depuis un an et demi ou deux ans". "Ce n'était pas du tout un islamiste avec une grande barbe, a commenté cet homme, qui a souhaité rester anonyme. Plutôt le genre pantalon en toile et veste, un style de professeur des écoles. Le genre insoupçonnable."

Son directeur de thèse était sans nouvelles de lui. Il confie l'avoir relancé en novembre 2016 pour qu'ils se voient à la fin de l'année pour faire le point, en vain. "La dernière fois que je l'ai vu, c'était en juin 2016, explique Arnaud Mercier sur RMCLa seule chose dont il se plaignait, c'était la solitude. Il a peut-être fait une mauvaise rencontre. (...) En novembre, je lui avais envoyé un mail pour lui dire qu'il était temps de faire un point sur son travail. Et il ne m'avait pas répondu. Rétrospectivement, je me dis que cela aurait dû me mettre la puce à l'oreille, parce que ce n'était pas du tout son habitude."

Les enquêteurs recherchent toujours des membres de l'entourage de Farid I. pour les faire témoigner. Son ex-compagne suédoise a été identifiée et localisée. Les enquêteurs ont en revanche des difficultés à identifier les membres de la famille de l'assaillant, dont les deux parents sont morts.

>> Ce que l'on sait de l'agression d'un policier sur le parvis de Notre-Dame de Paris