Scandale des cadavres à l'université Paris-Descartes : on vous résume l'affaire qui secoue "le temple de l'anatomie française"

L’ancien président du Centre du don des corps, Frédéric Dardel, a été mis en examen le 4 juin pour "atteinte à l’intégrité physique de cadavres".

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Des proches des victimes du "charnier" du Centre du don des corps de la faculté de Paris-Descartes manifestent devant l'université, le 27 février 2020. (LUC NOBOUT / MAXPPP)

C'est une affaire qui ébranle la prestigieuse université Paris-Descartes. Depuis deux ans, son centre anatomique, le plus grand d'Europe, est au cœur d'un scandale. Locaux vétustes, marchandisation des corps, atteinte à l'intégrité des cadavres... Les faits reprochés à son Centre du don des corps (CDC) sont aussi graves que glaçants. Et ils interrogent quant à la responsabilité des gestionnaires de ce laboratoire universitaire. Frédéric Dardel, ancien président du CDC a ainsi été mis en examen le 4 juin 2021, pour son implication supposée dans cette affaire.

>> ENQUETE. Comment la fac de médecine Paris-Descartes a mis à disposition des corps pour des crash-tests et des expérimentations militaires

"L'Express" révèle l'existence de ce "charnier"

Tout commence en novembre 2019, après la publication dans L'Express d'une enquête levant le voile sur les "conditions indécentes" dans lesquelles des "milliers de personnes ayant fait don de leur corps à la science" auraient été conservées au sein de la faculté de médecine de Paris-Descartes. Le Centre du don des corps est pointé du doigt par d'anciens membres du personnel. Ils accusent le "temple de l'anatomie française", fondé en 1953, d'une série de défaillances graves. 

D'après L'Express, le CDC, situé au cinquième étage de la faculté, accueillait chaque année des centaines de corps de personnes ayant fait don de leurs corps à la science. Mais ces derniers étaient conservés dans des conditions ne respectant aucune norme d'hygiène ou éthique. Des dépouilles étaient rongées par des souris, d'autres entassées sur des chariots... 

Des photos datant de 2016 consultées par l'hebdomadaire font état de membres en décomposition, posés sur d'autres corps, au milieu d'un "fatras indescriptible". Un véritable "charnier", comme le qualifie L'Express, qui aurait existé "pendant plusieurs dizaines d'années", jusqu'en 2018

Le Centre du don des corps ferme ses portes

Ces révélations font l'effet d'une bombe. La ministre de la Recherche, Frédérique Vidal, ordonne la fermeture du Centre du don des corps et annonce le lancement d'une mission d'inspection, afin "d'établir la réalité des faits" et "la marche à suivre", avant une réouverture du site. L'université présente dans la foulée ses excuses aux familles de donneurs, sidérées, et ouvre une ligne d'écoute à leur attention. Mais l'affaire n'en reste pas là.

Quelques jours après la publication de l'article de L'Express, le parquet de Paris ouvre une enquête préliminaire pour "atteinte à la dignité d'un cadavre". Plus de 170 personnes issues des familles des personnes ayant fait don de leur corps portent plainte dans les mois qui suivent. Une information judiciaire est ouverte en juillet 2020 pour faire la lumière sur les faits dénoncés et postérieurs à 2013. Mais, selon les révélations de Paris Match (article payant) publiées jeudi 3 juin 2021, "l'ignominie n'est pas récente, elle dure depuis plus de trente ans".

Des corps vendus légalement et illégalement

En parallèle, les enquêtes journalistiques se poursuivent. Les soupçons de marchandisation des corps se confirment et le faisceau de preuves s'épaissit. Les responsables de l'université Paris-Descartes étaient au courant depuis des années des nombreux dysfonctionnements, assure la cellule investigation de Radio France. Pas moins de dix documents officiels l'attestent.

Certains corps ou parties de corps, le crâne en particulier, étaient par ailleurs revendus. De manière totalement illicite d'abord : des préparateurs revendaient sous le manteau des pièces d'anatomie ou squelettes pour quelques centaines d'euros, selon les informations de Radio France. Des bouts de cadavres étaient ainsi transportés dans des voitures personnelles ou dans des "sacs", témoignent d'anciens membres du centre. Et la faculté revendait également, de manière légale, mais sans en informer les familles de donneurs, les corps ou des parties de corps à l'industrie automobile ou à l'armée, et ce à des fins de recherche.

Des responsables mis en examen

L'information judiciaire ouverte en été 2020 s'oriente d'abord vers les "préparateurs, les employés du CDC chargés de la gestion quotidienne des dépouilles avant leur utilisation pour des expérimentations. En juin, une enquête administrative de l'Inspection générale des affaires sociales et l'Inspection générale de l'éducation du sport et de la recherche avait en effet rapporté l'existence d'une "perte de repères (...) tant chez les préparateurs que chez les intervenants" et s'interrogeait sur une "volonté de nuire ou de porter atteinte aux cadavres" de "certains préparateurs".

Au moins deux de ces préparateurs ont depuis été mis en examen. Le premier, employé du centre jusqu'au début des années 2010, a été mis en cause notamment après la découverte à son domicile de "divers ossements" et des bijoux. Le second était à la tête de l'équipe des préparateurs au moins jusqu'à début 2018. L'université de Paris, nouvelle entité issue de la fusion en janvier 2020 de Paris-Descartes et Paris-Diderot, a également été mise en examen le 15 avril pour "atteinte à l'intégrité d'un cadavre". Dans un premier temps, elle avait tenté de se constituer partie civile.

Dernier événement en date : la mise en examen le 4 juin de l'ancien président du centre, Frédéric Dardel. "La hiérarchie commence enfin à être inquiétée, ce qui est selon nous, la moindre des choses" s'est réjouie l'association Charnier Descartes Justice et Dignité, qui estime toutefois que "la liste n'est pour le moment pas complète". "Tous les présidents d'université qui se sont succédé étaient parfaitement au courant", a réagi Frédéric Douchez, avocat de très nombreux plaignants, auprès de l'AFP.

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