Rixes mortelles en Ile-de-France : "C'est important de responsabiliser les parents mais ça ne règle pas tout le problème", affirme le maire de Boussy-Saint-Antoine

Après la mort de deux adolescents en Essonne dans des rixes entre bandes rivales, dont un dans sa commune de Boussy-Saint-Antoine, le maire Romain Colas estime qu'il faut une réponse globale et qu'on ne peut "pas se soulager à bon compte en responsabilisant les parents".

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Radio France
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La police sur les lieux de la rixe mortelle à Boussy-Saint-Antoine (Essonne), le 23 février 2021. (THOMAS COEX / AFP)

"C'est important de responsabiliser les parents mais ça ne règle pas tout le problème", a expliqué, lundi 1er mars sur franceinfo, Romain Colas, maire PS de Boussy-Saint-Antoine (Essonne) où un adolescent est mort mardi 23 février. Gérald Darmanin, le ministre de l'Intérieur, avait appelé ce jour-là à "remettre l'autorité des parents en avant" en insistant sur leur "devoir d'autorité". Gérald Darmanin et Éric Dupond-Moretti s'entretiennent ce lundi en visioconférence avec les préfets, les procureurs mais aussi les recteurs des différents départements d'Ile-de-France.

franceinfo : Vous avez lancé un appel au calme mercredi 24 février. Est-ce qu'il a été entendu ?

Romain Colas : Il a été entendu et respecté. Il faut considérer que le déploiement exceptionnel des forces de l'ordre, puisque nous avons eu des renforts visibles, a sans doute contribué à ce que les journées et les nuits dernières aient été calmes.

Ces renforts seront-ils présents pour cette rentrée scolaire ?

Dans ma commune et plus largement sur l'ensemble du territoire, vont se retrouver ce lundi dans les collèges et les lycées, des gamins qui sont issus des deux quartiers qui sont en cause dans l'affrontement auquel nous avons assisté mardi 23 février et qui s'est malheureusement terminé tragiquement. On a très bien bossé. Nous sommes les uns et les autres en ligne : l'État, la police nationale, les communes qui mobilisent leurs éducateurs, leurs services jeunesse pour faire en sorte que cette rentrée soit apaisée. J'ai demandé au préfet de l'Essonne que les effectifs policiers puissent nous accompagner dans la durée pour faire en sorte que nous soyons vraiment dans un climat d'apaisement. Normalement, ces renforts seront présents au moins jusqu'à la fin de la semaine.

Savez-vous quel a été le déclencheur des affrontements ?

Non et ce qui m'inquiète le plus c'est que nous n'avons rien vu venir puisque c'est vraisemblablement sur les réseaux sociaux et sur des applications de messageries cryptées que les individus se sont chauffés. Sur ma proposition, puisque ma commune est entre ces deux quartiers qui vivent depuis des décennies dans une culture de confrontation, nous avons créé des systèmes d'alerte. J'ai demandé à ce qu'on mette en place, et elle a fonctionné jusqu'ici, une cellule de veille avec les établissements scolaires, la police nationale, la police municipale, les services jeunesses pour qu'on s'alerte pour éviter les répliques.

Généralement, cela commence à la sortie d'un établissement dans le territoire et ensuite il y a l'expédition punitive pour aller venger le copain. Ce système a globalement fonctionné, mais là, la difficulté à laquelle nous sommes confrontés, c'est que ça se monte sur les réseaux sociaux, les messageries et nous n'avons pas d'alerte. Malheureusement, ensuite on constate les dégâts. Au-delà de ce volet, cela fait 40 ans que je vis avec cette culture de confrontation qui ne repose sur rien. Il n'y a pas d'enjeu de conquête territoriale, c'est simplement culturellement ancré.

Est-ce que cela s'est aggravé depuis 40 ans ?

Oui en intensité. Aggravé parce qu'on ne l'a pas vu venir, aggravé parce que ce sont des gamins qui sont jeunes. Ils ont un rapport pour une partie d'entre eux complètement désinhibé à l'égard de la violence. C'est vraiment un sujet éducatif. Ils vivent dans une violence permanente à l'égard de laquelle ils n'ont aucun recul.

Le ministre de l'Intérieur pointe la responsabilité des familles. Qu'en pensez-vous ?

Dans certains cas c'est indéniable. Je suis d'accord avec le ministre de l'Intérieur quand il dit que la police, les institutions, les maires ne peuvent pas tout. Pour autant, il ne faut pas se soulager à bon compte en responsabilisant les parents. Pour les deux victimes, celui qui est décédé et celui qui a été blessé, on a des mères qui sont particulièrement engagées. Concernant le gamin qui est décédé chez moi, sa mère élève seule une fratrie de cinq enfants. Elle bosse, elle part tôt le matin pour faire vivre sa famille et forcément elle ne peut pas être avec ses cinq enfants toute la journée. Elle s'était inquiétée auprès des institutions, du collège, de sa mairie de la dérive de son gamin. Il y avait eu des tentatives pour essayer de la raccrocher. C'était tout sauf une mère démissionnaire. Donc, c'est important de responsabiliser les parents mais ça ne règle pas tout le problème.

Le couvre-feu explique-t-il cette tension ?

Je pense que ça y contribue. Chez moi, comme dans beaucoup des territoires, il y a une montée globale des violences chez les plus jeunes et des cultures de confrontations qui sont multi-décennales et qu'il faut qu'on arrive à briser. Cela passe par beaucoup de coopération intercommunale. Il faut travailler à l'échelle des territoires de vie, pas à l'échelle des territoires administratifs qui n'ont pas de sens.

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