Pourquoi les requins de La Réunion attaquent les surfeurs

LA REUNION - Jeudi, ils organisent un rassemblement devant la préfecture de l'île pour réclamer des mesures de protection contre les attaques des squales.

Le requin tigre (photo) et le requin bouledogue sont les deux principales espèces impliquées dans les attaques à La Réunion.
Le requin tigre (photo) et le requin bouledogue sont les deux principales espèces impliquées dans les attaques à La Réunion. (IMAGE SOURCE / AFP)

Le squale lui a sectionné la jambe. Alexandre, un surfeur de 21 ans, a été tué par un requin lundi, alors qu'il évoluait sur le spot de Trois-Bassins, dans l'ouest de La Réunion. Inquiets et en colère, les surfeurs ont appelé à un rassemblement de la préfecture de La Réunion jeudi 26 juillet pour exiger des mesures de protection.

Car il s'agit de la septième attaque contre des surfeurs de l'île en un an et demi. En 2011, deux ont été mortelles. Pourquoi une telle recrudescence ? En attendant le résultat d'études lancées par l'Etat, prévu pour septembre, plusieurs pistes sont évoquées par les spécialistes pour expliquer ce phénomène.

• Trop de requins ?

Avant l'attaque de lundi, les surfeurs et les professionnels du nautisme de La Réunion réclamaient déjà la capture et l'élimination des requins. Depuis, leur position s'est radicalisée. Pour Guy Gazzo, apnéiste et membre du Comité régional de pêche, interrogé par l'Agence France-Presse, il y a "manifestement surpopulation de requins" sur la côte ouest de l'île. Il prône leur élimination. "A chaque plongée, on voit des requins par groupe de deux ou de trois", assure-t-il.

Pourtant, ce n'est pas ce qu'a constaté l'Institut de recherche pour le développement (IRD). Selon les premières conclusions d'une étude de l'IRD, publiée le 2 juillet (PDF), les requins bouledogue, à l'origine de la plupart des attaques, "sont le plus souvent seuls, font des excursions à la côte mais passent principalement leur temps au large". "Pas de trace pour le moment d’un groupe structuré et sédentarisé à la côte. Les prochains relevés permettront de confirmer ou d'infirmer ces tendances provisoires", relève Clicanoo, le site du Journal de la Réunion. Celui qui a attaqué Alexandre n'était pas marqué par l'IRD, selon Linfo.re, le site d'information de la chaîne de télévision Antenne Réunion.

Mais Brigitte Sinet, porte-parole de l'association Océan prévention Réunion (OPR), dont les positions sont jugées "extrémistes" par des écologistes, a insisté mardi, sur Antenne Réunion Radio : "Il faut mettre une pression humaine sur le requin et lui reprendre du terrain, en l'éliminant s'il le faut."

• Le comportement des hommes mis en cause

Pour d'autres spécialistes, c'est au contraire le comportement de l'homme qu'il faut modifier. "Pour le requin, les bruits qu'émettent les surfeurs sont voisins de ceux d’un mammifère marin en difficulté, et signalent donc des proies potentielles", explique Stéphane Hénart, spécialiste des squales, dans un article du Parisien (article réservé aux abonnés) publié mercredi. 

"Il faut s’interroger sur le comportement des hommes. Les zones des attaques sont-elles des endroits où les touristes nourrissent les requins ? Pour ne pas que l’animal fasse le lien entre homme et nourriture, il ne faut jamais les nourrir directement, mais à la perche", poursuit-il. "De plus, il y a peut-être là une zone où les requins se rassemblent pour se reproduire", suggère-t-il. 

• Polémique autour du rôle de la réserve marine naturelle

Pour les surfeurs et les pêcheurs, les requins sont plutôt attirés par une zone où ils trouvent de quoi se nourrir. "En reconstituant les populations de poissons de récifs, la [réserve marine naturelle], zone de protection, aurait créé un réservoir de nourriture pour les requins", explique Clicanoo. 

C'est le point de vue qu'a défendu le député maire de Saint-Leu (Réunion) Thierry Robert, lors de son intervention à l'Assemblée nationale mardi. Il considère que la réserve marine est devenue "le garde-manger des requins" et a demandé que son périmètre soit revu à la baisse. 

Mercredi, interrogée sur Antenne Réunion Radio, la directrice de la réserve marine, Soraya Issop Mamode a réfuté tout rôle dans les attaques. "On est pas en mesure d’affirmer ce type d'hypothèse. Aujourd'hui il y a plusieurs facteurs avancés et pour expliquer cela, il nous faut des données complémentaires", a-t-elle déclaré, selon Linfo.re.

"Les scientifiques se disent dans l’incapacité de confirmer cette hypothèse", précise Clicanoo. Ils préferent attendre les conclusions d'études supplémentaires pour éventuellement mettre en cause la réserve et son périmètre.