Cet article date de plus de huit ans.

La Réunion : pourquoi les attaques de requins se multiplient

Une adolescente de 15 ans s'est fait attaquer par un requin à La Réunion lundi, à quelques mètres du rivage. C'est la cinquième attaque mortelle en deux ans sur l'île.

Article rédigé par
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 3 min.
Un requin-tigre, l'une des espèces dangereuses pour l'homme, dans les eaux des Bahamas, le 10 juillet 2013. (ZACH RANSOM / CATERS NEWS / SIPA)

Avec la mort d'une baigneuse de 15 ans survenue lundi 15 juillet sur les côtes de La Réunion, c’est la vingtième attaque mortelle sur l'île depuis 1980, comme le rappelle RTL dans une infographie, et la cinquième en deux ans. Comment expliquer la multiplication de ce type de drames ? 

Parce que La Réunion a du mal à concilier écologie et tourisme

Paradis pour les surfeurs en raison de la qualité de ses vagues, La Réunion a développé depuis les années 1970 son attractivité en mettant en place des activités de loisirs. Un développement économique qui s'est accompagné au fil du temps d'un souci de protection de la nature. Pour l'océanographe Bernard Séret, interrogé par L'Expressle problème est aujourd’hui insoluble et demande un choix politique. "Faut-il investir dans un parc de loisirs ou une réserve marine ?", demande le scientifique. 

La Réunion est une petite île de 2 500 km2 (trois fois plus petite que la Corse) qui n'offre que peu de côtes exploitables puisque le Sud de l'île est découpé par des récifs. "Contrairement à l'Australie qui a un territoire immense, explique Bernard Séret, La Réunion est handicapée par son petit territoire." Avec une quarantaine de kilomètres de côtes utilisables, il apparaît complexe de concilier biodiversité et activités de loisirs. Autrement dit, surfeurs et requins cohabitent difficilement sur l'île en raison du manque de place.

Parce que le nombre de requins a augmenté

"Avec le développement des activités de loisirs depuis les années 1970, l'écosystème de cette région a changé", détaille Bernard Séret à L'Express. Concrètement, des petits requins peu agressifs mais exigeants sur leur environnement ont été remplacés par des requins plus gros et beaucoup plus dangereux pour l'homme.

Autre évolution, la création en 2007 d'une réserve marine naturelle, que certains voient comme une réserve de nourriture qui rameute les requins aux abords de l’île. Guy Gazzo, du comité régional de la Fédération française d'étude et de sports sous-marins, expliquait également au Monde en 2011 que la présence de tortues vertes (lâchées en grand nombre dans les années 1980) attirait les prédateurs.

Il n'existe pas de données fiables sur la réelle augmentation des requins autour de La Réunion, mais plusieurs témoignages vont dans ce sens. Le préfet de l’île a publié début juillet un communiqué de mise en garde contre "une augmentation du nombre des observations de requins sur les sites de pratique d'activités nautiques".

Un moniteur de surf, interrogé par RTL, estime pour sa part que les autorités ont "peut-être protégé à outrance, ce qui fait que les requins se sont multipliés". Il ajoute que la ressource en nourriture "n'est pas suffisante", et que les requins "se rapprochent de la côte, des surfeurs, des baigneurs". Yann Perras, un défenseur des squales questionné par Lemainelibre.fr, ajoute que la surpêche joue un rôle dans le rapprochement des requins du rivage : "Comme les petits poissons se font plus rares au large, ils viennent chercher de la nourriture plus près des côtes."

Parce que les surfeurs sont imprudents

La responsabilité de l'homme revient également souvent pour expliquer l'augmentation des attaques. Par exemple, concernant la jeune baigneuse de 15 ans, la zone était réputée dangereuse, comme le souligne une infirmière de La Réunion citée par Ouest France : "La baie de Saint-Paul grouille de requins, personne ne se baigne (...) C’est écrit partout 'baignade interdite'."

D'une manière générale, lors des accidents de ces dernières années, une conduite à risque est souvent relevée, que ce soit le secteur dangereux, l'heure tardive ou encore une eau trouble. C'était le cas pour ce touriste de 36 ans tué en mai dernier à Saint-Gilles, qui avait choisi de pratiquer du bodyboard alors même que la visibilité de l'eau était mauvaise et que le drapeau avec une flamme orange "risque requin" flottait sur la plage. La sénatrice UMP de La Réunion Jacqueline Farreyrol avait regretté l'"imprudence fatale" de la victime.

Prolongez votre lecture autour de ce sujet

tout l'univers Attaques de requins

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.