Producteur passé à tabac par des policiers : "Ces images font mal", certains policiers "ont sali notre institution, notre image", réagit le syndicat SCSI

Pour Christophe Rouget, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure, ces images "attisent la haine anti-flics". Il y a "un problème d'organisation de la police nationale qui est gangrenée par un conservatisme profond", selon lui.

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Extrait de la vidéo mise en ligne le 26 novembre par Loopsider montrant le passage à tabac d'un producteur de musique par trois policiers, à Paris. (CAPTURE D'ECRAN)

"Ces images font mal à tous les policiers qui exercent un beau métier et sont à la fois tristes et en colère. Ils sont blessés dans leur corps, car certains de leurs collègues ont sali notre institution, ont sali notre image", a réagi vendredi 27 novembre sur franceinfo, Christophe Rouget, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI), après le passage à tabac d'un producteur de musique noir, Michel Zecler, par des policiers dans le 17e arrondissement de Paris samedi.

Parmi les quatre policiers en garde à vue, trois le sont pour 'violences volontaires par personne dépositaire de l'autorité publique, en réunion, avec arme et à caractère raciste'. Mais pour Christophe Rouget, "il n'y a pas de racisme structurel au sein de la police. Il n'y a pas de racisme systémique".

franceinfo : Que pensez-vous de ces images d'un producteur noir passé à tabac par des policiers ?

Christophe Rouget : Vous savez, ces images font mal à tous les policiers qui exercent un beau métier et qui sont à la fois tristes et en colère. Ils sont blessés dans leur corps, car certains de leurs collègues ont sali notre institution, notre image, et je le dis clairement, le racisme et les violences illégitimes n'ont pas leur place parmi nos rangs. Ces comportements affaiblissent toute la police nationale. Ils rendent difficile le quotidien de l'immense majorité des policiers. Ces attitudes ne sont pas acceptables. Ces images attisent la haine anti-flic, ce qui rend chaque jour leur travail plus difficile.

Quand on regarde ces images, ces deux vidéos, on peut croire à un certain sentiment d'impunité chez ces policiers. Comment peut-on en arriver là ?

Mais il n'y a pas d'impunité de la police nationale. Des policiers, il y en a qui passent en conseil de discipline tous les jours. L'IGPN fait son travail. Donc, ce n'est pas un problème d'impunité, c'est un problème de recrutement, un problème de formation, un problème d'organisation de la police nationale qui est gangrenée par un conservatisme profond.

"Il faut se mettre autour de la table et faire évoluer la police."

Christophe Rouget, secrétaire général du syndicat des cadres de la sécurité intérieure (SCSI)

à franceinfo

Le ministre de l'Intérieur a lancé au premier semestre 2020 un chantier de l'encadrement. Donc, il faut effectivement faire ce travail de formation. Le président de la République avait promis une académie de police, lors de la campagne présidentielle, en disant que tous les policiers de tous grades seraient réunis sur ce site. Nous espérons qu'elle va être mise en œuvre. On n'en est pas encore à la première pierre, loin de là, et on espère que cette académie ne va pas être détournée par les conservatismes pour une espèce de think tank.

Dans cette affaire, vous ne voyez que de dérapages individuels ou aussi le symptôme de dysfonctionnements au sein de la police et peut-être même un racisme structurel au sein de la police ?

Non, il n'y a pas de racisme structurel au sein de la police. Il n'y a pas de racisme systémique. Il y a des individus comme dans tous les métiers, qui parfois ont des comportements qui ne sont pas adaptés et qui doivent être condamnés. Par contre, il faut que nous progressions dans notre organisation parce que les ministres passent, les préfets de police passent et on se retrouve avec ces débats qui sont récurrents qu'on a eu pendant les "gilets jaunes". On a un vrai problème par exemple, dans le maintien de l'ordre. Dans la gendarmerie nationale, il n'y a que des unités spécialisées, les gendarmes mobiles, qui font du maintien de l'ordre. Dans la police nationale nous avons des unités à la préfecture de police et des CRS. Mais comme nous manquons de personnel, nous sommes obligés d'utiliser des jeunes gardiens de la paix. Mais si vous ne faites pas les formations techniques, si vous n'avez pas les horaires de sport qui permettent d'être en bonne forme et d'intervenir confortablement en sécurité sur la voie publique, ça ne marche pas.

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