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Octuple infanticide : la question de l'inceste fait irruption dans le procès Cottrez

La nature de la relation entre Dominique Cottrez et son père a fait irruption au deuxième jour du procès pour octuple infanticide, qui se tient devant les assises du Nord, à Douai.

Article rédigé par
Envoyée spéciale à Douai (Nord), - Violaine Jaussent
France Télévisions
Publié Mis à jour
Temps de lecture : 6 min.
Dominique Cottrez au premier jour de son procès, le 25 juin 2015, à Douai (Nord). (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

C'est un lourd secret. Elle le porte depuis longtemps. Bien avant de tuer ses huit nouveau-nés. Dominique Cottrez affirme avoir été violée par son père dans son enfance, puis avoir poursuivi des relations sexuelles avec lui à l'adolescence, et même après son mariage. C'est ainsi, avec le traumatisme de son premier accouchement, qu'elle justifie les assassinats de ses bébés, pour lesquels elle est jugée devant la cour d'assises du Nord. Elle craignait que ses enfants n'aient pour géniteur son propre père.

Mais ce lourd secret a volé en éclats au deuxième jour du procès, vendredi 26 juin. Deux de ses trois sœurs mettent en doute sa version des faits. Marie-France, d'abord. Cinq ans seulement la séparent de Dominique Cottrez. Comme elle, Marie-France ne mesure pas plus de 1,55 m et porte ses cheveux courts. Mais elle se distingue par sa minceur. "Dominique me disait : 'Tu as de la chance'", raconte sa sœur.

"Ils s'aimaient, mais pas à ce point"

On parle ensuite du père, Oscar Lempereur, mort en 2007. Marie-France attaque : "Je ne crois pas à une relation incestueuse. Ce n'était pas un homme comme ça. Ils s'aimaient, mais pas à ce point." La présidente insiste. Marie-France se raidit. Elle s'accroche à la barre. Oui, sa sœur peut mentir. Oui, elle est capable d'inventer un mensonge aussi gros.

L'inceste avec papa, c'est pas vrai. C'est pour se faire passer pour une petite victime.

Marie-France Lempereur

Cour d'assises du Nord

Me Frank Berton, l'un des avocats de Dominique Cottrez, lui tombe dessus. "Le juge vous a demandé ce que vous pensiez de l'inceste. Vous vous souvenez de ce que vous avez dit ?" "Non." "Vous ne pouvez pas me dire que vous ne vous souvenez pas de ce que vous avez dit devant le juge d'instruction ! tonne l'avocat. Vous avez dit : 'oui, c'est possible. Il y avait tant d'amour avec papa.'" Marie-France Lempereur ne tressaille pas. "J'étais sous le choc", se justifie-t-elle.

"Tu l'as dit chez la juge, tu l'as dit !"

Dominique se tourne vers Marie-France. Elle pleure. "Tu l'as dit chez la juge, tu l'as dit !" Les deux sœurs se scrutent, les yeux dans les yeux. Il y a, entre elles, des années de non-dits. Aujourd'hui encore, chacune reste verrouillée dans sa vérité. Dominique, repliée sur sa chaise, lui lance un regard de détresse. Marie-France est inflexible. "J'ai changé d'avis", lâche cette dernière.

Me Frank Berton livre une clé pour comprendre ce revirement. "Votre sœur a dit, à un moment, qu'elle aimait plus son père que son mari. Vous êtes capable d'entendre ça ?" "Non", répond Marie-France. 

"On ne tue pas les bébés !"

Vient le tour de Jacqueline Lempereur, la sœur aînée de la fratrie. Dix-sept ans la séparent de Dominique Cottrez, la benjamine. Jacqueline a des problèmes d'audition. La présidente doit parler fort et répéter ce qu'elle dit. "Votre sœur parlait de relations avec votre père, vous en pensez quoi ?" "Je ne peux pas le croire", assène Jacqueline.

Jacqueline a gardé une forte rancœur à l'égard de sa sœur. Elle ne l'avait pas revue depuis l'enterrement de leur père. "C'était à elle de donner des nouvelles, c'est la petite sœur !" Trop tard, le mal est fait.

Jamais je ne lui pardonnerai ! C'est affreux ce qu'elle a fait ! Tuer des bébés ! En plus c'était les siens !

Jacqueline Lempereur

Cour d'assises du Nord

Jacqueline se reprend : "Les siens... Enfin on ne tue pas les bébés, c'est tout !" Elle parle aussi d'un gros conflit au moment de l'héritage. C'est à ce moment-là que deux clans se sont créés dans la famille : Jacqueline et Marie-France d'un côté, Nicole et Dominique de l'autre. On ne connaît pas l'avis du frère, Guy, qui souffre de graves problèmes de santé.

Nicole Lempereur, elle, est invitée à donner son avis à la barre. Elle a vécu quelque temps chez Dominique et Pierre-Marie Cottrez, après la mort de son mari. Elle aussi parle peu. La présidente doit poser beaucoup de questions et insister. "L'inceste, qu'est-ce que vous en pensez ?" demande Anne Segond. "C'est possible", dit Nicole. Mais cette femme, aux cheveux grisonnants et de corpulence moyenne, a quitté le domicile familial à 7 ans. Dominique Cottrez dit avoir été victime de son premier viol à 8 ans.

"Dominique était une enfant magnifique"

C'est à peu près à cette époque que Jacqueline Lempereur quitte la ferme. Bernard, son mari, est muté dans le Midi. Elle le suit. Bernard, justement, est le dernier de la journée à témoigner. Il a le même patronyme que sa femme, Lempereur, car ce sont de lointains cousins. Il s'est intégré dans la famille, tout en restant un peu à l'écart. Il est, finalement, le trait d'union entre les Lempereur et le monde extérieur. 

Bernard Lempereur veut bien faire. Il mène sa petite enquête. Avec un air fanfaron, il donne son avis sur les raisons du mal-être de Dominique Cottrez.

La mère de Dominique la nourrissait n'importe comment. La courbe de poids grimpait, le médecin lui disait de faire attention. Plus Dominique mangeait, plus elle avait envie de manger. Je voulais te dire, Dominique, la responsable, c'est ta maman !

Bernard Lempereur

Cour d'assises du Nord

Bernard Lempereur est disert. "Dominique avait 4 ans quand je me suis marié. Elle était une enfant magnifique." Il raconte des histoires de famille et on sent qu'il aime cela. Il est le seul à sortir la salle de la torpeur dans laquelle elle est plongée, en cette fin de journée de chaleur lourde. Il fait rire l'assistance.

Puis il se dit convaincu que la mère de Dominique Cottrez savait qu'il y avait deux bébés enterrés dans le jardin. "Elle était sur le point de me le dire. Un jour, elle me confie qu'elle ne croit plus au bon Dieu, car il y a beaucoup de malheur dans le monde. Au moment de me dire pourquoi, elle a éclaté en sanglots. Son mari est arrivé et a dit à sa femme : 'Mais tu vas la fermer ?'" Elle n'a plus rien dit.

"A la cour de prouver l'inceste"

L'inceste, en revanche, il n'y croit pas plus que sa femme. "Je n'ai jamais rien vu ! Je vous le jure !" Des écoutes téléphoniques réalisées en novembre 2010 font pourtant apparaître que Bernard Lempereur a évoqué cette hypothèse. C'est la raison pour laquelle la juge d'instruction a interrogé Dominique Cottrez sur le sujet, et c'est ce qui explique la présence de Bernard Lempereur au procès. Mais, comme sa femme, il dit avoir abordé le sujet au téléphone car l'enquêteur social lui avait mis la puce à l'oreille.

"Je ne suis pas obtus là-dessus, mais c'est à la cour de le prouver", poursuit-il. Puis il explique pourquoi c'est, selon lui, invraisemblable. "Je n'y crois pas pour trois raisons : Dominique n'a pas parlé d'inceste tout de suite, les dix enfants qu'elle a eus sont de son mari, et puis c'est facile de faire parler des morts", énonce-t-il, sûr de sa démonstration. "Je ne dis pas que c'est impossible, mais je veux des preuves", conclut-il. Des preuves, il n'y en a pas. Mais c'est dans cette direction que les débats vont s'orienter, lundi 29 juin, pour permettre aux magistrats et aux jurés de se forger une intime conviction.

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