Violences policières : le syndicat des commissaires réclame la généralisation des caméras-piétons pour mener "la bataille de l'image"

David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, estime lundi sur franceinfo que la police a perdu la "bataille de l'image".

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Radio France
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Un agent de police équipé d'une caméra-piéton. (JACQUES DEMARTHON / AFP)

"On est dans une société de contestation et on a perdu la bataille de l'image", a constaté David Le Bars, secrétaire général du syndicat des commissaires de la police nationale, lundi 30 novembre sur franceinfo. "Cette image-là, il faut qu'on soit en mesure la fournir pour montrer le travail que 99% des nôtres font au mieux", grâce à la généralisation des caméras-piétons.

franceinfo : Quel est votre regard sur la mise en examen des policiers poursuivis pour le passage à tabac de Michel Zecler ?

David Le Bars : À ceux qui essayent de faire croire que l'IGPN ou la justice ne passe pas sur des affaires policières, vous avez la preuve contraire d'une procédure qui est allée vite et d'une justice ferme qui a fait le choix de mettre en examen et en détention deux policiers dans cette affaire. Je fais confiance en la justice.

Les caméras-piétons pour les policiers doivent être généralisées en 2021, vous les attendez ?

Ça devient urgent. Qu'est-ce qui se serait passé dans l'affaire du 17e arrondissement si les policiers avaient une caméra-piéton ? On est impérativement obligé de filmer et dans ce cas-là, je pense qu'on a la lucidité de se dire que l'intervention dans laquelle on est en train de s'envoyer dans le mur pose problème. Si quand bien même cet effet tunnel va au bout, on a toutes les images et tous les sons qui nous permettent de savoir ce qui s'est passé au début, pour que les policiers s'entêtent à ce point-là. Oui, c'est la solution et oui ça devient urgent.

Si les policiers mis en examen pour le passage à tabac de Michel Zecler avaient été équipés de caméras-piétons, est-ce qu'ils les auraient déclenchés ?

Il faut un modèle comme les policiers londoniens ou d'autres policiers municipaux en France. Il faut qu'on allume impérativement sa caméra en début de vacation et on ne l'éteint que quand on revient. Si ce n'est pas le cas, le contrôle hiérarchique permet de voir que si la caméra n'est pas allumée, ce sera une faute administrative. Il faut mettre un cadre très clair sur l'usage de ces caméras et il faut donner les moyens techniques pour que les policiers soient débarrassés du matériel désuet dont on nous dote depuis des années et qui ne fonctionne pas aujourd'hui.

Vous n'avez pas de caméras de qualité ?

D'abord, on a des caméras en nombre très insuffisant. Je crois que c'est à peine 5 000 alors qu'on est 150 000 policiers. Il y a eu le choix d'un achat d'un modèle de caméra chinoise qui n'a même pas deux heures d'autonomie et qui est de qualité plus que médiocre. Il faut cesser ces achats totalement inappropriés.

Ces images, elles peuvent être utilisées dans le cadre de procédures administratives, disciplinaires ou pour formation des agents. Est-ce qu'il faut élargir le cadre dans lequel elles peuvent être montrées ?

Bien sûr. On est dans une société de contestation et on a perdu la bataille de l'image. Cette image-là, il faut qu'on soit en mesure la fournir pour montrer le travail que 99% des nôtres font au mieux. La bataille de l'image, c'est aussi une bataille qui consiste à montrer à ceux qui doutent quel est le quotidien d'un policier. Si on avait des caméras disponibles actuellement, et qu'on montrait ce qu'a été le quotidien d'un policier samedi dernier dans les manifestations, on verrait à quel point il subit la haine, la violence, les menaces. On comprendrait le contexte et chacun pourrait avoir un regard un peu plus éclairé, alors qu'aujourd'hui, cette bataille de l'image est largement perdue.

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