Violences policières : Amnesty International dénonce le "non-respect des droits humains" au Teknival de Redon

Dans un enquête publiée ce mardi, Amnesty International déplore l'absence de mécanisme indépendant d'enquête sur les allégations de violences policières en France et demande de nouvelles "stratégies d'intervention".

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Radio France
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Evacuation du site de la rave party à Redon le 19 juin 2021 par les gendarmes. (TIMOUR OZTURK / FRANCE-BLEU ARMORIQUE)

L'usage de la force au Teknival de Redon, en Ille-et-Vilaine, "n'était ni nécessaire, ni proportionné", selon une nouvelle enquête d'Amnesty International, publiée mardi 14 septembre, qui estime que les forces de l'ordre françaises ne respectent pas le droit français ni les principes de base des Nations unies. L'ONG déplore "une répétition des scènes de violence" lors des opérations de maintien de l'ordre et demande au gouvernement "l'interdiction des grenades explosives", de nouvelles "stratégies d’intervention" et "la création d'un organe indépendant chargé d’enquêter sur les plaintes déposées contre les agents de la force publique". "Il en va de la légitimité des forces de l'ordre."

Un jeune homme avait eu la main arrachée

Dans la nuit du 18 au 19 juin derniers, au Teknival de Redon, interdit par la préfecture d'Ille-et-Vilaine, un jeune homme avait eu la main arrachée. Des dizaines de participants et onze gendarmes avaient également été blessés. Selon la présidente d'Amnesty International France, Cécile Coudriou, "il est inacceptable que des opérations de maintien de l’ordre, a fortiori pour disperser un simple rassemblement festif, conduisent à des blessures allant jusqu’à la mutilation".

"Ni une interdiction du festival, ni la violence de certains participants vis-à-vis des forces de l’ordre ne peuvent justifier le non-respect des droits humains par l’État et ses agents en toutes circonstances."

Amnesty International

Amnesty International rappelle que "les gendarmes ont lancé des grenades lacrymogènes, de désencerclement et de type GM2L sur les participants au Teknival, pendant sept heures, puis de nouveau le jour suivant, en fin de journée, avant de détruire illégalement le matériel de sonorisation". "Des grenades ont été utilisées sans visibilité, alors que ces armes peuvent mutiler." Pour l'organisation, la force a été utilisée "en premier recours, sans médiation ou communication préalable, sans instruction sur les modalités d’évacuation du site, dans un champ, de nuit".

Malgré l'ouverture d'une enquête préliminaire, Amnesty International déplore en effet l'absence d'évaluation critique de l'opération et l'absence de mécanisme indépendant d'enquête sur les allégations de violences policières en France.

"Comme toute personne, les membres des forces de l'ordre sont plus enclins à enfreindre les lois, les règles et les règlements lorsqu’ils n’ont pas à craindre d’en subir les conséquences."

Cécile Coudriou

à franceinfo

Emmanuel Macron doit justement présenter mardi à la mi-journée les conclusions du Beauvau de la sécurité depuis l’école nationale de police de Roubaix (Nord). Le chef de l'Etat pourrait y annoncer la création d'un organe de contrôle général sur la police. "Pourquoi pas ?", réagit sur franceinfo Anne-Sophie Simpere, auteure de cette enquête d’Amnesty International et chargée de plaidoyer "libertés" à Amnesty International France. 

"Les problèmes sont déjà identifiés. Il y a déjà eu des commissions d'enquête parlementaire sur le maintien de l'ordre, dès 2015, suite au décès de Rémi Fraisse et puis, plus récemment, il y a déjà des recommandations très précises du Défenseur des droits. Il y a déjà des recommandations des experts des Nations unies, du Conseil de l'Europe. Donc au-delà du contrôle, il faut mettre en œuvre ces recommandations précises sur l'interdiction de certaines armes, sur des stratégies de maintien de l'ordre qui respectent les droits humains, qui soit basées sur le dialogue, la désescalade", affirme Anne-Sophie Simpere.

L'auteure de cette enquête estime également qu'il y a "un enjeu d'accès à la justice pour les victimes de violences policières". "La plupart des personnes qui ont été blessées avec lesquelles on a parlé à Redon renoncent à porter plainte parce qu'elles estiment que cela ne mènera à rien, indique Anne-Sophie Simpere. Et c'est vrai que les victimes de violences policières ont de très grandes difficultés à accéder à la justice. Elles doivent souvent remonter jusqu'à la Cour européenne des droits de l'Homme, qui condamne régulièrement la France pour l'insuffisance des enquêtes."

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