Usage du LBD : il faut que "la doctrine du maintien de l'ordre en France" soit "complètement revue", estime le président d'Amnesty international

Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty international France, s'est exprimé sur franceinfo vendredi. L'ONG demande la suspension du LBD (lanceur de balles de défense) dont l'usage par la police française est de plus en plus contesté.
Article rédigé par franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min
Un policier vise avec son lanceur de balles de défense (LBD), Paris, mai 2021. (XOSE BOUZAS / HANS LUCAS)

"Amnesty international demande la suspension du LBD" et que "la doctrine du maintien de l'ordre en France" soit "complètement revue", a déclaré ce vendredi sur franceinfo Jean-Claude Samouiller, président d’Amnesty international France, alors que trois policiers du RAID sont mis en examen pour violences avec arme ayant entraîné la mort sans intention de la donner lors de violences policières à Marseille. L’usage du LBD, lanceur de balles de défense, est de plus en plus contesté. 

France info : Que pensez-vous de l'usage du LBD ?

Jean-Claude Samouiller : Nous, Amnesty international, demandons la suspension du LBD40 le temps que les autorités fassent une enquête minutieuse et indépendante sur l'utilisation de ces armes. Cette enquête doit analyser les consignes de sécurité avec le fabricant et porter sur les forces de police qui les utilisent. 

"Nous demandons la suspension parce qu'il y a beaucoup trop de personnes tuées, de d'éborgnages, d'amputations".

Jean-Claude Samouiller

à franceinfo

 Lorsque l'enquête sera faite, il faudra revoir les consignes de formation, de sécurité, de contrôle, pour éviter au maximum des dommages corporels importants tels qu'on a pu les connaître les derniers temps.

Les consignes ont déjà évolué, notamment avec la présence d'un superviseur pour assister le tireur de LBD. Cela n'est pas suffisant ?

C'est insuffisant. La doctrine du maintien de l'ordre en France doit complètement être revue et doit porter sur la désescalade et le dialogue, comme le font l'Allemagne, la Suède ou la Belgique. Aujourd'hui, cette doctrine en France n'est pas suffisamment appliquée, il y a trop de violences policières et trop d'armes considérées comme des armes de guerre. Rappelons que ces armes doivent être utilisées de façon très précise, uniquement pour neutraliser les personnes violentes, cela doit concerner des contextes de violences graves. Elles doivent être utilisées en dernier recours, on doit prévenir la personne pour lui laisser le temps d'obtempérer, ne jamais viser la tête ou l'aine. Ces consignes visiblement ne sont pas suivies dans un certain nombre de cas.

Vous parlez d'arme de guerre, mais la police et la gendarmerie estiment que le LBD est une arme de force intermédiaire. Qu'en est-il ?

Ce sont des armes de force intermédiaire, de catégorie A2, considérées comme des matériels de guerre d'après le code de sécurité intérieur. Donc ce sont des armes dites à létalité réduite, mais selon la façon dont on l'utilise cela peut entraîner la mort de personnes, entraîner des éborgnages ou des mutilations. 

"Bien évidemment, il faut que les forces de l'ordre soient outillées pour maintenir l'ordre mais il faut que l'utilisation de ces outils soit en conformité avec des notions essentielles en droit international, la légalité, la nécessité et la proportionnalité".

Jean-Claude Samouiller

à franceinfo

Comment font les pays qui ont interdit le LBD ?

Ils se fondent sur la désescalade et le dialogue. C'est-à-dire qu'avant d'employer des forces de police que nous jugeons, nous en France dans certaines circonstances disproportionnées, il y a un dialogue avec les organisateurs des manifestations et une procédure de désescalade pour éviter le recours à ces armes à létalité réduite. C'est le cas en Autriche, Irlande, Finlande, Norvège, Suède, Danemark et Royaume-Uni. En Europe, seule la France et la Grèce utilisent le LBD40 de façon intensive et il faut vraiment que les choses changent.

Commentaires

Connectez-vous à votre compte franceinfo pour participer à la conversation.