Producteur passé à tabac par des policiers : "Ça pose immédiatement des questions de formation, de recrutement, de management des policiers", selon un spécialiste

Selon Jacques de Maillard, directeur du CESDIP, l'institution doit permettre "de prévenir et d'éviter que ce genre de comportements se produise".

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Radio France
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Des policiers à Velizy-Villacoublay, près de Paris, le 11 septembre 2020. Photo d'illustration. (MARTIN BUREAU / AFP)

"Ça pose immédiatement des questions d'encadrement de l'activité, des questions de formation, de recrutement, de management, de doctrine des policiers dans la société française d'aujourd'hui", a analysé vendredi 27 novembre sur franceinfo Jacques de Maillard, directeur du CESDIP (Centre de recherche sociologique sur le droit et les institutions pénales), professeur de science politique à l'Université de Versailles Saint-Quentin, spécialiste des politiques de sécurité, après le passage à tabac d'un producteur de musique par des policiers à Paris. Les quatre policiers mis en cause sont en garde à vue dans les locaux de l'IGPN.

franceinfo : Qu'est-ce que cela veut dire, selon vous, cette violence de la part des policiers ?

Jacques de Maillard : Là, on a des images particulièrement choquantes, d'un déferlement de violence inexplicable ni légitime ni proportionnée, donc ces images nous choquent. Il faut essayer de réfléchir et de prendre de la distance pour essayer de comprendre ça, de manière plus générale, c'est-à-dire comment est-ce que ces pratiques-là sont possibles au sein de l'institution policière ? Ça pose immédiatement des questions d'encadrement de l'activité, ça pose immédiatement des questions de formation, de recrutement, de management, de doctrine des policiers dans la société française d'aujourd'hui.

D'après vous, ces débordements pourraient-ils s'expliquer par le profil des policiers, souvent peut-être trop jeunes ?

C'est très difficile à dire. Là, ce que l'on voit, ce sont quand même des policiers relativement âgés. L'un des points qui est relevé depuis très longtemps, c'est que vous mettez des policiers jeunes, issus des villes petites et moyennes de province, en banlieue parisienne avec un sous-encadrement, et ça pose des problèmes d'acclimatation territoriale. C'est-à-dire qu'ils sont dans des territoires dans lesquels ils n'ont pas envie de travailler. Il y a un deuxième phénomène qui joue et c'est peut être celui-là qui joue en l'occurrence, c'est que les policiers font un travail difficile et ce travail difficile fait qu'ils peuvent nourrir une forme de racisme, de scepticisme, de cynisme et de violence. Chercher la justice de la rue, chercher à se faire justice immédiatement.

Cette culture professionnelle des policiers, c'est quelque chose que l'institution en elle-même doit être capable de réguler.

Jacques de Maillard, directeur du CESDIP

à franceinfo

Est-ce qu'ils développent justement un sentiment d'impunité ?

Je pense que certains d'entre eux ont le sentiment de ne pas être compris, de ne pas être soutenus, de ne pas pouvoir agir et ça les conduit à considérer que leur impunité est justifiée. Ils ne diraient pas que c’est de l'impunité mais qu’au contraire ils agissent pour le bien des gens. Et de ce point de vue-là, il y a une responsabilité de l'institution qui est d'arriver à détecter ces dérives d'un certain nombre de policiers minoritaires, mais d'arriver à détecter des dérives pour prévenir ce passage à l'acte parce qu'il y a une question de contrôle, de sanction, ce que l'on voit aujourd'hui de façon forte. L'enquête commence, mais il y a une question de comment est-ce que l'institution permet de prévenir et d'éviter que ce genre de comportements se produise.

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