Vidéo Quand les policiers municipaux font jouer la concurrence sur leur salaire : "C'est un mercato de foot, c'est assez malsain"

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Salaires dans la police municipale : "C'est un mercato de foot, c'est assez malsain"

C'est une vague bleue qui s'est abattue sur le pays : en vingt ans, le nombre de policiers municipaux a doublé dans les rues françaises. Pour satisfaire cette demande de sécurité, les maires sont en concurrence et rivalisent à coup de primes pour recruter les meilleurs éléments. Un mercato digne du monde du football révélé par "Complément d’enquête".

Les villes (même Paris, depuis octobre 2021) sont de plus en plus nombreuses à se doter d’une police municipale. Mais toutes ne sont pas attractives pour les postulants. Contrairement aux fonctionnaires de la police nationale, qui ne choisissent pas leur affectation, les agents municipaux peuvent facilement (les mutations sont accordées d'office) changer de ville pour rejoindre une unité mieux dotée, mieux équipée.

Certains policiers enchaînent une dizaine de municipalités dans leur carrière. Et d'une mairie à l'autre, ils n'hésitent pas à faire jouer la concurrence. Comment certains de ces fonctionnaires territoriaux, pourtant soumis à une grille de salaires, parviennent-ils à se faire payer davantage ? Sous couvert d'anonymat, fiche de paie à l’appui, un policier municipal chevronné a révélé l’existence d’un confortable système de prime aux équipes de "Complément d’enquête".

Les primes peuvent faire varier le salaire "énormément selon les communes"

A la discrétion des maires, ces primes "peuvent varier énormément suivant les communes". Et seraient même parfois attribuées à la tête du client, selon l'agent, qui parle de "primes de gueule" : "Suivant la manière dont vous êtes noté, il y a certaines primes que vous avez ou pas." Avec 1 000 euros de primes qui s'ajoutent à ses 2 380 euros mensuels, ce policier municipal confirmé gagne ainsi 600 euros de plus qu'un policier national, à expérience égale.

Vous arrivez à un recrutement, si on vous dit : 'Non, l'indemnité spéciale de fonctions*, vous ne l'avez pas', vous partez. C'est un mercato de foot. Le Bayern, il paye mieux que le PSG, ou inversement, alors je vais là parce que… en fait, je me fiche du maillot. C'est assez malsain.

Un policier municipal

à "Complément d'enquête"

Dans certaines villes, "ils ne gardent que les boulets"

Les policiers municipaux seraient-ils en train de devenir des mercenaires prêts à se vendre au plus offrant ? L'effet pervers d'un tel système, c'est aussi qu'il creuse les inégalités entre communes. Dans certaines villes, selon le policier qui témoigne pour "Complément d'enquête", "les bons agents ne restent pas. Il reste quelques policiers qui ne sont pas des fous de travail, pas forcément très compétents, et qui n'ont pas une grande conscience professionnelle. Vous avez des polices municipales qui sont vraiment au top, et puis d'autres qui mériteraient un bon coup de fouet, parce que… ils ne gardent que les boulets".

* ISMF : Indemnité spéciale mensuelle de fonctions, prime spécifique à la police municipale. 

Extrait de "Police municipale : les nouveaux mercenaires", un document à voir dans "Complément d'enquête" le 2 décembre 2021.

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