Un ex-agent de la DGSI pointe les failles du renseignement intérieur : "C'est la première fois que je vois un ancien expliquer comment il travaille", juge un journaliste

Sous le nom de code Haurus, cet enquêteur anti-terroriste a vendu sur le darknet au plus offrant des informations confidentielles tirées de fichiers de police. Aujourd'hui libre, Haurus autoédite un livre sur Amazon destiné aux avocats sur l'investigation et la téléphonie.

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Haurus présente son livre, le 17 janvier 2021. (JEAN-BAPTISTE QUENTIN / MAXPPP)

Cédric D., un ancien agent de la DGSI, est à l’origine d'un des scandales les plus retentissants au sein du renseignement intérieur français. Il doit être jugé cette année pour avoir vendu au plus offrant des informations confidentielles tirées de fichiers de police sur le darknet. En attendant, cet enquêteur anti-terroriste est libre, parle à franceinfo et publie un livre. "C'est la première fois que je vois un ancien OPJ expliquer comment il travaille", assure Jean-Marc Manach, journaliste, spécialiste des questions de sécurité informatique et invité de franceinfo vendredi 22 janvier.

>> "J'ai perdu totalement le contrôle" : l'ancien agent de la DGSI qui vendait des informations sur le darknet témoigne

"C'est la première fois que je vois un ancien OPJ (officier de police judiciaire, NDLR) expliquer comment il travaille", affirme Jean-Marc Manach, spécialiste sur les données confidentielles et sur la sécurité informatique. "Jusqu'à présent, on savait ce que c'était que la Plateforme nationale des interceptions judiciaires (PNIJ). On avait accès aux codes de procédure pénale, ou encore à Legifrance, pour trouver combien ça coûte d'obtenir un numéro de téléphone, etc. Mais on n'avait pas de témoignage de première main sur comment c'était utilisé."

Mais surtout le témoignage d'Haurus, 34 ans, permet de mettre la lumière sur les failles du système, explique Jean-Marc Manach. "Ce qui a motivé apparemment Cédric dans la rédaction de ce guide pratique, c'est quand il a découvert que les officiers et les magistrats qui enquêtaient sur lui, utilisaient mal les informations issues de la téléphonie mobile, affirme-t-il. Il voyait que c'était utilisé uniquement à charge et pas à décharge."

"Ces révélations pourraient aider tous ces professionnels et les étudiants du droit à mieux comprendre comment se saisir de ces preuves techniques, pour améliorer la justice, que les procès soient plus équitables."

Jean-Marc Manach, spécialiste sur les données confidentielles et sur la sécurité informatique

à franceinfo

On ne peut pas non plus voir Haurus comme un lanceur d'alerte, comme pourrait l'être Edward Snowden, nuance le journaliste, car tout ce qu'a dévoilé Cédric n'était pas secret. "Il explique comment des professionnels du droit comme les magistrats, les policiers ou les avocats, peuvent se tromper si jamais ils exploitent mal les données issues de la téléphonie mobile", explique le journaliste.

Cédric D. a été identifié et interpellé par ses propres collègues au siège de la DGSI en septembre 2018. Aujourd'hui libre, Haurus dit assumer ses erreurs passées. Il devrait être jugé d’ici la fin de l’année avec plusieurs de ses complices et clients.

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