"Quand on vous traite de bougnoule le premier jour de votre affectation, c'est qu'il y a un problème" : un agent victime de racisme au sein de la police témoigne

Quelques jours après la mort de George Floyd aux États-Unis et les manifestations contre les violences policières, la question du racisme au sein des forces de l'ordre se pose en France.

Des policiers en intervention. Photo d\'illustration. 
Des policiers en intervention. Photo d'illustration.  (SEBASTIEN JARRY / MAXPPP)

Ce policier français constate, tous les jours, un racisme ambiant dans les commissariats et dans les rangs des forces de l’ordre. Son témoignage s'ajoute à ceux déjà relayés notamment par Streetpress, Arte et Mediapart, quelques jours après la mort de George Floyd aux Etats-Unis, qui a relancé en France le débat sur les violences policières visant les minorités.

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Samir*, a commencé sa carrière il y a dix ans dans la police nationale. Il est d’origine maghrébine, et pour lui les remarques racistes ont commencé très vite. "Quand on vous traite de bougnoule le premier jour de votre affectation, c'est qu'il y a un problème, lâche Samir. Je me souviens d'un collègue, quand j'étais plus jeune, qui disait qu'il refusait de serrer la main des policiers noirs et arabes parce que pour lui ils n'avaient rien à faire dans l'institution." Des remarques racistes qui se voient aussi sur le terrain. Les maghrébins, les Noirs, certains de ses collègues les appellent les "bâtards", raconte Samir.

Le problème, c'est que j'aime mon métier, mais je n'aime pas ce que certaines personnes en font.Samir, policierà franceinfo

"C'est inquiétant parce qu'on se demande quelle sera la prochaine étape ? On a même tendance, entre 'minorités', à se retrouver dans le même groupe pour éviter justement ce type de propos, poursuit le policier. Parfois la hiérarchie fait en sorte de nous mettre dans ces groupes-là. Je ne sais pas si c'est une démarche de la hiérarchie dans le but de vouloir protéger ou de ne pas vouloir de vagues."

A tel point que Samir a souvent pensé à quitter la police. "Je ne pouvais plus continuer. Sauf que d'un autre côté, je voyais que ma présence gênait et je voulais qu'elle gêne encore plus, raconte-t-il. J'ai vu des personnes subir cela et lâcher l'affaire. Et moi je ne veux pas lâcher, je veux aller jusqu'au bout de ma démarche. Je ferai ma carrière en entier dans la police, s'il faut, pour déplaire à ces gens-là."

Je suis français, j'ai des grands-pères qui se sont battus pour la France, pour la libérer de la haine raciale. Et à l'image d'eux, je mènerai le même combat.Samir, policierà franceinfo

Samir a fait l'expérience douloureuse du racisme des policiers en interne mais aussi sur le terrain. "Tous les jours je le constate, certaines personnes sont contrôlées de plus en plus, et moi même je suis contrôlé. Je me suis fait contrôler pendant le confinement en faisant la plus bête des choses, je descendais mes poubelles. On a attendu que je passe le pas de la porte pour me contrôler. Quand j’enlève mon uniforme, je n’ai plus sur le front marqué 'policier', je reste un maghrébin et je suis contrôlé au même titre qu’eux."

Alors peut-on dire pour autant que la police est raciste ? C’est plus compliqué que cela, explique Fabien Jobard, chercheur au CNRS et spécialiste des questions de justice et de police. "La police se trouve être le produit de sa propre histoire, qui est très marquée par la confrontation avec les Algériens, relève-t-il. D'autre part, elle est en première ligne des difficultés sociales. Et ces difficultés sociales et économiques sont essentiellement portées par les familles issues de l'immigration". Fabien Jobard explique que le "croisement de tout cela provoque un biais raciste généralisé dans la police. Et les policiers eux-mêmes ne sortent pas indemnes d'une telle institution, c'est-à-dire qu'ils viennent porter le racisme institutionnel".

Dans la police, on ne naît pas raciste, mais on le devient.Fabien Jobard, chercheur au CNRSà franceinfo

Un constat partagé par le Défenseur des droits. Dans un rapport rendu il y a quelques jours, Jacques Toubon estime qu'il existe "un harcèlement discriminatoire" pratiqué par la police envers certaines communautés.

* Le prénom a été changé

Le témoignage d'un agent victime de racisme au sein de la police - Margaux Stive
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