"On intervient seulement pour les urgences" : pourquoi les policiers décrètent un "jeudi noir" ce jeudi

Au total, 13 syndicats des forces de l'ordre appellent à la mobilisation sur l'ensemble du territoire français. Ils attendent des réponses sur l'organisation de leurs missions durant les Jeux olympiques.
Article rédigé par franceinfo
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Des policiers à Marseille, le 15 octobre 2023. (SYLVAIN THOMAS / AFP)

"Ce qui nous pose souci, c'est qu'il n'y a rien de réellement défini à quelques mois du début des Jeux olympiques". En une phrase, Arnaud Bernard, responsable du syndicat Alliance dans le Grand Ouest, résume la colère qui règne dans les rangs de la police. Pour faire entendre leur mécontentement, 13 syndicats des forces de l'ordre (tous sauf Unité SGP Police FO) appellent à la mobilisation ce jeudi 18 janvier.

Ils sont "nombreux" à être "très inquiets", souligne Arnaud Bernard. Leur seule certitude à l'heure actuelle ? L'ensemble des effectifs du territoire français seront mobilisés pour l'événement, qui se déroulera du 26 juillet au 11 août. "Mais on a aucun détail sur l'organisation", regrette le policier. Les forces de l'ordre veulent notamment savoir comment les choses vont s'organiser pour les effectifs en région qui devront se rendre en Ile-de-France.

"On se pose beaucoup de questions, particulièrement sur le logement, et la garde des enfants, surtout pour les couples de policiers, qui peuvent potentiellement être tous les deux amenés à bouger", pointe le fonctionnaire. "Est-ce qu'il y aura un accompagnement social, des ouvertures de places en crèche supplémentaires ? Faire garder des enfants, ça entraîne des surcoûts...", insiste-t-il. 

Les équipes s'inquiètent également pour leurs congés. "Déjà qu'habituellement, c'est compliqué de prendre nos vacances, mais là, on sait d'avance que ça va virer au casse-tête", s'agace Arnaud Boutelier, membre d'Alliance dans les Hauts-de-France.

Les policiers ne peuvent normalement pas excéder un taux d'absence de 40% du service pendant les pics de vacances de la période scolaire."On aimerait que ce taux soit augmenté, à 50% par exemple, pour qu'on puisse poser 15 jours consécutifs", propose le syndicaliste, qui n'est toutefois "pas optimiste" sur le sujet. "D'autant qu'il y aura ensuite les Paralympiques à sécuriser, du 28 août au 8 septembre". 

Les effectifs devront aussi assurer les missions habituelles dans leurs régions, en gérant l'afflux de touristes, notamment dans le sud du pays. "Habituellement, on a des renforts saisonniers à Agde (Hérault), car on multiplie la population par 20. Mais ils seront tous à Paris. On va se retrouver avec plus de boulot, pour bien moins d'effectifs", pressent David Leyraud, secrétaire de la zone sud pour Alliance. 

Une "prime exceptionnelle" de "2 000 euros" 

Les syndicats réclament d'ores et déjà une "prime exceptionnelle", pour ceux qui seront envoyés en région parisienne, comme pour ceux qui resteront dans leur département d'origine. "Tous les fonctionnaires impactés par les JO doivent toucher cette prime", martèle Arnaud Bernard, précisant qu'Alliance réclame "2 000 euros pour chacun". 

"On nous annonce déjà des cycles de cinq vacations pour un jour de repos. Donc une base de 60 heures pour cinq jours de travail", ajoute-t-il. Cette densité horaire va générer un grand nombre d'heures supplémentaires, et les policiers souhaitent avoir le choix entre le paiement de ces heures ou leur récupération en congés. 

Beaucoup espéraient avoir des réponses du ministère de l'Intérieur avant les vacances de Noël, mais rien n'a été communiqué. Les syndicats ont toutefois été reçus lundi par Gérald Darmanin qui s'est montré "très attentif" à leurs revendications, glisse Arnaud Boutelier, selon qui le ministre devrait apporter "des réponses d'ici les jours ou les semaines à venir".

"Il faut aller chercher chaque avancée"

En attendant, les policiers veulent maintenir la pression, avec ce "jeudi noir". Au programme : la fermeture symbolique des commissariats jeudi, dès minuit, et un appel au service minimum. "On intervient seulement pour les urgences, comme la protection des personnes et des biens. Mais on ne fera pas d'initiative", précise Arnaud Boutelier. 

"Pour tout ce qui vient nous surcharger habituellement, comme les incivilités, les gens attendront."

Arnaud Bernard, responsable du syndicat Alliance dans le Grand Ouest

à franceinfo

Des rassemblements sont également prévus dans différents lieux de transit. Dans le sud de la France, "150 à 200 policiers" sont attendus à la gare Saint-Charles à Marseille, ainsi qu'à l'aéroport Toulouse-Blagnac, détaille David Leyraud. 

"C'est évident que les pouvoirs publics attendent de voir l'ampleur de la mobilisation, et prendront leurs décisions à partir de ça", estime David Leyraud. "Les cadeaux, on n'y croit plus et on sait qu'il faut aller chercher chaque avancée", ajoute-t-il, "certain que la mobilisation va être au rendez-vous"

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