Les CRS en colère contre la possible fiscalisation d'une indemnité : "C'est un coup de poignard dans le dos"

En raison d'un rappel à l'ordre de la Cour des comptes, le gouvernement envisage de fiscaliser une indemnité versée aux CRS lorsqu'ils sont mobilisés loin de chez eux. Impensable, expliquent des syndicats policiers à franceinfo.

Des CRS mobilisés à Paris, le 5 juillet 2016.
Des CRS mobilisés à Paris, le 5 juillet 2016. (MARIA CONTRERAS COLL / CITIZENSIDE / AFP)

En plein état d'urgence, l'annonce passe mal dans les rangs des forces de l'ordre. L'impôt sur le revenu des gendarmes mobiles et des CRS pourrait bien augmenter dès l'année prochaine, en raison de la possible fiscalisation de leur indemnité journalière d'absence temporaire (Ijat), versée lorsqu'ils sont mobilisés loin de chez eux. Jusqu'ici, cette indemnité n'était pas imposée.

"La Cour des comptes nous a alertés sur son illégalité", explique le ministère de l'Intérieur au Parisien. Car l'exonération ne repose sur aucun texte légal, précise le quotidien. "C'est un coup de poignard dans le dos : c'est une indemnité qui existe depuis plus de cinquante ans et maintenant, on nous explique que c'est illégal ?" dénonce Nicolas Comte, porte-parole du syndicat Unité SGP-Police FO, interrogé par franceinfo. "C'est plus que saugrenu, c'est intolérable", abonde Philippe Capon, secrétaire général du syndicat Unsa-Police.

"C'est la révolution dans les compagnies de CRS"

Les syndicats avaient obtenu la revalorisation de cette prime, aujourd'hui portée à 37 euros par jour. A raison d'environ 150 jours de déplacement par an en moyenne selon leurs estimations, le complément de revenu se chiffre en milliers d'euros pour les membres des forces mobiles. "C'est très compliqué de faire des simulations, tant les situations familiales des CRS sont différentes, mais un collègue a fait le test et ses impôts augmenteraient de 2 000 euros" par an, assure Nicolas Comte.

A l'entendre, c'est la "révolution" dans les casernes, très mobilisées ces derniers mois "sur la loi El Khomri, Nuit debout, l'Euro de football, tout l'été pour sécuriser des événements divers et variés". "On les emploie à tout bout de champ, on les fait monter dans des cars à 3 heures du matin pour assurer la fête de la saucisse au fin fond du Larzac parce qu'un politique a réclamé la présence de CRS... commente Nicolas Comte. Ils ne peuvent pas comprendre qu'on touche à cette indemnité." "Depuis des mois, les CRS acceptent en serrant les dents des conditions de travail au-delà du raisonnable", abonde Philippe Capon.

"Ça a totalement démoralisé nos collègues"

Nicolas Comte met en garde contre les conséquences de la colère des forces mobiles. "Ça a totalement démoralisé nos collègues, déplore-t-il. Il y a un déplacement de Manuel Valls prévu vendredi à Marseille, je ne sais pas si mes collègues seront en forme pour le protéger... Peut-être y aura-t-il une épidémie... Ça a été extrêmement mal pris. Ils ont le sentiment qu'on se moque d'eux, qu'on nie le travail qu'ils fournissent."

"Au ministère de mettre les textes en conformité pour nous mettre à l'abri définitivement", réclame désormais Philippe Capon. Interrogé par Le Parisien, l'entourage de Bernard Cazeneuve, ministre de l'Intérieur, assure travailler pour faire en sorte "que ce ne soit pas pénalisant pour les fonctionnaires". Soit en légalisant le système tel qu'il existe, soit en mettant en place un système de compensation.