Le nombre de suicides de policiers en hausse en 2017

Après une baisse en 2016, les suicides dans la police ont augmenté cette année. Depuis janvier, 39 fonctionnaires ont mis fin à leurs jours.

Police nationale. Image d\'illustration.
Police nationale. Image d'illustration. (LIONEL VADAM / MAXPPP)

Depuis le 1er janvier, 39 fonctionnaires de police ont mis fin à leurs jours en France. Soit déjà trois de plus que sur l'ensemble de l'année 2016, peut-être même cinq car deux autres cas font toujours l'objet d'une enquête, révèle mardi 7 novembre France Bleu Paris, qui a pu consulter le bilan trimestriel présenté à chaque réunion du CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail).

Trois fois plus de suicides qu'ailleurs

Ces suicides concernent tous les grades, tous les âges, mais essentiellement des hommes (seules deux ou trois policières se seraient suicidées en 2017). L'arme de service est utilisée dans environ 50 % des passages à l'acte. Depuis la fin août, le phénomène s'est accéléré avec un pic de dix suicides en moins de deux mois et demi. L'Ile-de-France, qui concentre un tiers des effectifs de terrain (36 000 policiers), est la région la plus touchée.

Le taux de suicide dans la police est traditionnellement au moins trois fois plus important que dans la population générale. Mais la tendance était au recul depuis 2014. Ces actes désespérés ont presque toujours des causes personnelles, en premier lieu un divorce ou une séparation. Pour autant, on ne peut écarter le lien avec le milieu professionnel. Le métier est générateur de stress, d'éloignement familial, de désocialisation.

Chaque suicide de fonctionnaire donne lieu à un compte-rendu détaillé. Un bilan trimestriel est même présenté à chaque réunion du CHSCT (comité d'hygiène, de sécurité et des conditions de travail). D'après ce tableau officiel que France Bleu a pu consulter, 1 133 policiers ont mis fin à leurs jours depuis 25 ans. Si l'année 1996 avait été particulièrement noire avec 71 morts par suicide, les 55 cas de 2014 avaient ému l'opinion à l'époque.

Le rythme de travail au coeur des débats

Unité SGP Police Force Ouvrière, deuxième syndicat de policiers, milite depuis des années pour l'entrée en vigueur d'un rythme de travail respectant mieux la vie personnelle des fonctionnaires, a expliqué Louis-Guy Dubois, délégué national aux conditions de travail à France Bleu Paris. 

Actuellement la plupart des policiers travaillent cinq week-ends sur six. Nous estimons qu'il faut un week-end de repos sur deux.Louis-Olivier Dubois, délégué national aux conditions de travailfranceinfo

Mais l'administration freine à accorder davantage de journées de repos. "Cela pose de gros soucis d'organisation dans une période où les policiers sont très sollicités", constate Louis-Guy Dubois..

Le nombre d'heures supplémentaires a explosé (le cumul est passé de 16 à 20 millions selon l'Unsa Police) et les forces de l'ordre sont sous pression comme jamais.

Le ministre de l'Intérieur Bernard Cazeneuve avait présenté courant 2015 un plan de prévention des risques psycho-sociaux dans la police. Mais les attentats et l'état d'urgence qui a suivi ont compliqué sa mise en œuvre. Peu d'agents le savent mais il existe un service de soutien psychologique opérationnel (Sspo), avec une ligne téléphonique ouverte 24 heures sur 24 (01 80 15 47 09).