Grenades, chiens… Que montre la vidéo de l'intervention de la police à Nantes lors de la Fête de la musique ?

Quatorze personnes ont dû être secourues samedi à l'aube dans la Loire, à la suite d'une opération policière. Cette intervention, filmée par des fêtards, est au cœur d'une vive polémique.

Une intervention de police à Nantes, le 22 juin 2019 vers 4h30 du matin.
Une intervention de police à Nantes, le 22 juin 2019 vers 4h30 du matin. (NANTES REVOLTEE / TWITTER)

La Fête de la musique a viré au drame à Nantes. Samedi 22 juin au petit matin, au moins 14 personnes sont tombées dans la Loire, sur le quai Wilson, après une intervention des forces de l'ordre. La police nationale a lancé un appel à témoin à la suite de la disparition d'un jeune homme et le ministre de l'Intérieur a saisi l'IGPN pour enquêter sur cette affaire. Une vidéo de l'opération de police a été diffusée plusieurs centaines de fois sur Twitter. Franceinfo la décrypte.

Dimanche 23 juin, le média local Nantes révoltée diffuse une vidéo de l'intervention policière de la veille, sur Twitter. La scène se déroule donc samedi vers 4h30 du matin, au bout de l'île de Nantes, sur le quai Wilson, à proximité du site du Hangar à bananes. C'est là que l'association FreeForm a installé treize scènes musicales, avec l'autorisation tacite de jouer jusqu'à 4 heures. Cet horaire passé, un DJ aurait continué à jouer de la musique devant quelques centaines de fêtards, selon Libération.

"Les gens étaient coincés"

Dans la vidéo, on voit des policiers de la compagnie départementale d’intervention en uniforme, avec casques et boucliers, en train de disperser les fêtards encore présents. Des grenades de désencerclement sont lancées, comme le prouvent les douilles retrouvées sur place. Les forces de l'ordre usent de leurs matraques et de sprays de gaz lacrymogène contre des personnes. Des chiens sont aussi utilisés par des policiers, comme on peut le voir sur une autre vidéo, diffusée par Ouest France. L'association FreeForm évoque aussi l'usage de LBD.

Sur la vidéo diffusée par Nantes révoltée, filmée dans la pénombre et la fumée, la situation semble confuse, entre les charges des policiers et les cris du public. On aperçoit des personnes traînées au sol, d'autres qui se retrouvent sur les blocs de pierre installés sur le quai, qui ne possède pas de garde-corps. Certains fêtards semblent complètement paniqués.

"Les gens étaient coincés, sans aucun moyen de s’échapper, explique une femme présente sur les lieux à 20 MinutesPour la première fois de ma vie, j’ai vraiment eu peur devant la police." D'autres se souviennent d'"un déluge de lacrymo" ou encore de chiens "lâchés" sur les gens. "J’ai vu des personnes tomber à l’eau qui criaient pour que les bateaux des secours viennent les chercher", affirme Aliyal, une étudiante, au MondeAu total, 14 personnes ont été secourues dans la Loire au cours de la nuit, et un jeune homme est toujours recherché.

"Cette intervention est scandaleuse"

Malgré ces images et témoignages, la Direction générale de la police nationale affirme à France Télévisions qu'il ne s'agissait pas d'une "charge" policière, mais d'une "manœuvre" qui a créé un mouvement vers l'eau. Seul hic : ces "manœuvres" se font normalement sans contact physique avec les personnes, ce qui n'était visiblement pas le cas lors de l'opération menée cette nuit-là à Nantes.

"Les forces de l'ordre interviennent toujours de manière proportionnée, relativise le préfet de Loire-Atlantique, Claude d'Harcourt, sur France Bleu Loire Océan. Mais face à des individus avinés, qui ont probablement pris de la drogue, il est difficile d'intervenir de façon rationnelle. Et les individus eux-mêmes étaient non maîtrisables." La préfecture assure aussi être intervenue après avoir reçu des projectiles de la part de participants à l'événement.

Mais, au sein même de la police, cette analyse de l'opération ne convainc pas. "Cette intervention est scandaleuse, affirme Philippe Boussion, secrétaire SGP police pour les Pays de la Loire, à France 3. C'est une vision musclée de la sécurité. C'est une vision de la police qu'on ne cautionne pas. L'IGPN va devoir pointer les responsabilités des donneurs d'ordre !"