Beauvau de la sécurité : "On a déjà eu énormément de consultations, donc, on peut comprendre la circonspection", estime un chercheur au CNRS

"On a un pouvoir qui à force de trop utiliser la police se retrouve coincé", analyse le sociologue  qui pose la question : "Qui dirige qui ?". "Les syndicats de policiers remettent en cause le discours du président de la République. Cela pose la question de la légitimité", estime le chercheur.

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Radio France
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Emmanuel Macron échangeant avec un policier, le 5 novembre 2020. (GUILLAUME HORCAJUELO / POOL)

En pleine polémique sur les "violences policières", Emmanuel Macron a décidé la tenue à partir de janvier d'un "Beauvau de la sécurité" sur une réforme de la police, afin d'"améliorer les conditions d'exercice" des forces de l'ordre et "consolider" les liens avec les Français. "On a déjà eu énormément de consultations, donc, on peut comprendre la circonspection", a estimé mardi 8 décembre sur franceinfo Christian Mouhanna, chercheur au CNRS, sociologue. 

franceinfo : Est-ce une bonne idée ? 

Christian Mouhanna : Je ne sais pas parce qu'on a déjà eu énormément de consultations. Depuis 2012, on a des tas d'assises, de consultations, de réunions, des commissions réunissant des spécialistes divers et variés. On a le "livre blanc de la sécurité" qui est sorti il y a quelques mois et qui est censé forger une stratégie policière. Tout cela est un peu surprenant.

"Quand on regarde la Convention citoyenne ou les débats qu'il y a eu dans les mairies avec la crise des "gilets jaunes" on voit que les débats ne sont pas forcément utilisés par le gouvernement comme un moteur pour faire avancer les choses. Donc, on peut comprendre la circonspection des acteurs quant à ce Beauvau."

Christian Mouhanna, chercheur au CNRS, sociologue

à franceinfo

Contrairement aux autres fois, Emmanuel Macron sera présent. Qu'en pensez-vous ? 

Ce n'est pas rien mais les réponses aux problèmes on les connaît. La difficulté c'est qu'on est arrivé à une tension extrême entre les syndicats de policiers et le gouvernement. La question qui se pose, c'est qui dirige qui ? On voit que les syndicats de policiers remettent en cause le discours du président de la République. Cela pose la question de la légitimité. La police revendique le monopole de la force légitime, mais la question c'est jusqu'où certains policiers s'enferment dans une logique qui est de dire qu'ils sont les seuls à pouvoir gérer la police, qu'ils vont décider ce qui doit relever du maintien de l'ordre ou d'autre chose.

"Il y a une volonté d'autonomisation des policiers qui pose question dans une démocratie." 

Christian Mouhanna 

Est-ce nouveau ? 

Sur les violences policières, certains policiers commettent des violences et c'est dénoncé par leurs collègues. Il y a des gens qui partent de la police ou qui changent de service parce qu'ils en ont assez des violences commises par leurs collègues. Il y a un nettoyage à faire en interne. Ce n'est pas une majorité des policiers, mais certains le sont. On leur demande de tout faire et n'importe quoi et c'est aussi un problème. Est-ce qu'à chaque fois qu'il y a un problème politique il faut envoyer les policiers pour le résoudre ? Pour le terrorisme cela s'explique, pour gérer des problèmes politiques qui deviennent des manifestations cela pose la question. On a un pouvoir qui à force de trop utiliser la police se retrouve coincé.

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