Policiers brûlés à Viry-Châtillon : des "pans entiers d’explications" ont été "passés sous silence", selon une avocate de la défense

Cinq avocats de la défense ont déposé plusieurs plaintes pour "faux en écriture publique" contre les policiers qui ont mené les gardes à vue. Selon eux, des retranscriptions d'auditions ont été tronquées. Cinq personnes ont été condamnées dans cette affaire.

Article rédigé par
Margaux Stive - franceinfo
Radio France
Publié
Temps de lecture : 2 min.
L'affaire a été jugée en octobre 2019 devant la Cour d'assises des mineurs de l'Essonne. On voit ici les dossiers avant l'ouverture du procès.  (LP/OLIVIER LEJEUNE / MAXPPP)

Quatre ans et demi après que des policiers ont été grièvement blessés dans l'incendie de leur voiture en octobre 2016 à Viry-Châtillon, en Essonne, cinq avocats de la défense ont déposé plusieurs plaintes notamment pour "faux en écriture publique", visant des policiers, comme l'a révélé Mediapart et comme franceinfo a pu le vérifier. Selon eux, les fonctionnaires ont tronqué et manipulé les auditions de plusieurs personnes mises en cause. Maître Yaël Scemama, avocate d'un des suspects, assure que des "pans entiers d'explications" et "demandes de vérifications" de son client ont été "passés sous silence".

Les gardes à vues contestées 

L'affaire a été jugée en appel à Paris en avril 2021 et, sur les 13 suspects, huit ont été acquittés. Cinq autres ont été condamnés et trois d'entre eux se sont pourvus en cassation. Pendant ce procès, les images de la garde à vue du principal accusateur, donnant les noms des participants à l'attaque, ont été diffusées, mais les avocats ont alors constaté que les propos qu'il avait tenus devant les enquêteurs étaient différents de ceux inscrits dans les procès-verbaux. Les avocats ont alors demandé à visionner l'ensemble des vidéos de garde à vue et de les comparer avec les procès-verbaux.

Selon les avocats de la défense, cet accusateur disculpe plusieurs personnes, mais cela n'apparaît pas dans les retranscriptions. Yaël Scemama, avocate d'une des suspects, assure aussi que les propos de son client ont été tronqués : "C’est la disparition de pans entiers d’explications, de demandes de vérification qu’il fait de manière réitérée sur son emploi du temps de ce jour-là qui vont être aussi passées sous silence, de demandes de confrontation avec ces prétendus accusateurs. Tout ça va disparaître ces auditions."

"Evidemment, ça colore d’un jour tout à fait autre ces auditions et ce qu’il faut savoir c’est que la garde à vue, c’est le socle de l’enquête."

Yaël Scemama

à franceinfo

Si elle accuse les enquêteurs d'avoir voulu fabriquer des faux coupables sans preuve, son confrère, Laurent-Franck Lienard, avocat de deux policiers blessés, pense lui que ce n'est pas une manipulation volontaire : "Je ne crois pas une seconde que des enquêteurs fabriquent des coupables. Ils ont un sentiment, ils ont une conviction et peut-être que cette conviction, quelques fois, les guide de façon trop puissante. C’est justement pour ça qu’il fallait, à mon sens, des enquêteurs plus chevronnés."

Si les accusations de faux en écriture sont avérées, ces policiers pourraient se retrouver à leur tour devant une cour d’assises.

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