"Pas un seul instant, je n’ai pensé qu’il pouvait s’en prendre à quelqu’un d’autre que lui-même", a expliqué aux policiers la femme de Mickaël Harpon

Ilham, la femme de Mickaël Harpon, l'auteur de l'attaque à la préfecture de police de Paris, a été auditionnée à huit reprises par les enquêteurs. Elle maintient que son époux n'était pas un islamiste et évoque "une crise mystique". 

Mickaël Harpon, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris qui a tué quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019.
Mickaël Harpon, un fonctionnaire de la préfecture de police de Paris qui a tué quatre de ses collègues, le 3 octobre 2019. (DR)

"Pas un seul instant, je n’ai pensé qu’il pouvait s’en prendre à quelqu’un d’autre que lui-même", a déclaré lors de ses auditions face aux policiers la femme de Mickaël Harpon, l'assaillant qui a tué quatre de ses collègues jeudi dernier à la préfecture de police de Paris.

Au cours de ses huit auditions, auxquelles franceinfo a eu accès, Ilham n’a cessé de dire aux policiers sa sidération par l’intermédiaire d’un traducteur en langue des signes, car elle est sourde.

Ni elle ni sa famille n’ont jamais fait l’objet de soupçons de radicalisation. Ilham a longuement raconté la nuit qui a précédé le passage à l’acte de son mari, et notamment, sa crise en pleine nuit à 4h du matin. Il l'a alors réveillée, ainsi que leurs deux enfants de 3 et 9 ans. Il est dans une sorte de transe, "une crise mystique", explique-t-elle aux enquêteurs. Il récite des versets du Coran, crie "Allah Akbar", lui dit qu’il entend des voix, "qu’elle doit protéger leurs enfants".

"Il est bizarre, comment tu le trouves ?" 

Epuisée, elle parvient à rendormir les enfants, avant de se coucher : le matin en se réveillant, elle le retrouve prostré dans le salon. Mickaël Harpon part malgré tout travailler, mais Ilham dit qu’elle est très inquiète… Les SMS retrouvés sur son téléphone l’attestent : "Comment vas-tu ?" demande-t-elle à plusieurs reprises à son mari. "Il est bizarre, comment tu le trouves ?" écrit-elle à un de ses collègues de la préfecture de police.

Lorsqu’elle reçoit une alerte sur son portable qui évoque une fusillade à la préfecture de police, elle lui envoie tout de suite un SMS, ainsi qu’à d’autres connaissances de la préfecture.

Quand les policiers arrivent chez elle pour la placer en garde à vue et fouiller leur appartement, ils lui parlent, sans savoir qu’elle est sourde. Elle ne comprend pas ce qui est en train de se passer, ne comprend pas que son mari est l’homme qui a poignardé à mort quatre collègues avant d’être abattu dans la cour de la préfecture de police.

D'après elle, Mickaël Harpon n'était pas "dans une logique de conversion"

Interrogée à de multiples reprises sur la radicalisation de son époux, elle répète qu’il n’est pas un islamiste, qu’il est un musulman pratiquant, qu’il va à la mosquée "c’est tout". Lorsqu’ils se sont mariés en 2004, il n’était pas "dans cette logique de conversion" a-t-elle assuré, elle ne lui a rien demandé, "il a fait son propre chemin".

L’épouse de Mickaël Harpon, née en France de parents marocains, s’habille à l’occidentale. Elle a fait des études et a travaillé, avant de s’arrêter à la naissance de son deuxième enfant.

Plusieurs sources proches du dossier nous ont par ailleurs fait part de leurs questionnements sur la radicalisation de Mickaël Harpon. Si son geste ressemble trait pour trait à un acte terroriste, les motivations semblent plus complexes, peut-être fondées sur un processus de frustration professionnelle qui a trouvé son expression dans un passage à l’acte terroriste, aux confins du suicide.