Attaque à la préfecture de police : "Détecter la radicalisation ne monte jamais au niveau d'un directeur de cabinet ou du DRH"

Jean-Paul Megret, secrétaire national du syndicat indépendant des commissaires de police, était l'invité de franceinfo dimanche 6 octobre. Selon lui, le signalement effecuté en 2015 n'est pas remonté jusqu'au directeur de cabinet. 

Agression à la préfecture de police de Paris : bâtiment de la Préfecture de police de Paris vu depuis le pont Notre-Dame. 3 octobre 2019.
Agression à la préfecture de police de Paris : bâtiment de la Préfecture de police de Paris vu depuis le pont Notre-Dame. 3 octobre 2019. (CORINNE AUDOUIN / RADIOFRANCE)

"Détecter de la radicalisation ne monte jamais au niveau d'un directeur de cabinet du préfet de police, pas du tout au niveau du DRH de la préfecture de police", a estimé dimanche 6 octobre sur franceinfo Jean-Paul Megret, secrétaire national du syndicat indépendant des commissaires de police. Il réagissait aux propos de Julien Aubert plus tôt sur franceifo qui soulignait qu'en 2015, au moment du signalement de l'assaillant de la prefecture de police de Paris, le directeur de cabinet du préfet de police était Laurent Nunez, l'actuel secrétaire d'Etat auprès du ministre de l'Intérieur. 

Quand Julien Aubert (député LR) nous dit que le secrétaire d'état à l'Intérieur Laurent Nuñez était directeur de cabinet du préfet de police quand le signalement est fait en 2015, que le DRH de la préfecture de l'époque est aujourd'hui directeur de cabinet du préfet, est-ce que cela pose question ?

Jean-Paul Megret : Je ne suis pas là pour faire de la politique. Même si les faits sont extrêmement graves, détecter de la radicalisation ne monte jamais au niveau d'un directeur de cabinet du préfet de police, pas du tout au niveau du DRH de la préfecture de police. Il y a une confusion. Il s'agit de savoir ce qui a été fait en interne de la direction du renseignement. Au tout début, jeudi, on a essayé de rassurer tout le monde en disant "tout va bien, c'est tout sauf terroriste". Et maintenant on est en train d'effrayer tout le monde, en disant "il y a un vaste complot, il y a des dizaines de radicalisés". On n'en est pas là, on a un certain nombre de choses à regarder. Il y a eu une faille, il faut la reconnaître, mais il ne s'agit pas non plus de partir dans tous les sens.

Les deux missions d'inspection lancées par Edouard Philippe sont-elles nécessaires ? Sont-elles suffisantes ?

Elles sont nécessaires. Le service saisi est le service idoine qui pratique ce genre de choses au niveau de la Direction générale de la sécurité intérieure, quand il y a par exemple des risques de compromission du secret. C'est un service qui connaît sa mission. On verra quels sont les délais, et s'ils peuvent être tenus. Si on va en profondeur, les délais paraissent assez courts, en tout cas pour ausculter l'ensemble des services de renseignement et ceux dédiés à la lutte anti-terroriste. Il fallait faire des annonces rapides. Elles étaient évidentes. Au-delà de ça, il va falloir des outils juridiques pour savoir ce qu'on va faire des gens qu'on détecte comme étant radicalisés.

Quel est le nombre de personnes, justement, détectées comme radicalisées aujourd'hui ?

Il n'y en a pas beaucoup, mais aujourd'hui on se les refile de service en service. Sans avoir un chiffre exhaustif, car il n'y a pas eu de détection massive, on est sur l'ordre de quelques dizaines sur une institution de 140 000 personnes. On les déplace pour les positionner dans des unités où ils posent le moins de problèmes. Tout le monde a entendu parler de cet individu radicalisé qui était au service de protection des hautes personnalités. On va le déplacer dans un autre service, par exemple un service de sécurité publique. Tout cela n'est pas tenable à long terme : on se retrouve avec des gens qui ont accès à des fichiers, des gens qui font du prosélytisme. Je crois qu'il va falloir prendre des décisions malheureusement dures. Quand la radicalisation est avérée et ne cesse pas malgré un certain nombre de procédures pour remettre dans le droit chemin le fonctionnaire, il faudra à un moment donné envisager qu'on puisse se séparer de ces fonctionnaires, qui choisissent la radicalité de leur religion et pas le service public français.