Tuerie de Chevaline : trois questions sur le portrait-robot du motard

La diffusion de cet élément est une nouvelle étape pour les enquêteurs, car cet homme se trouvait dans la zone de la scène de crime, le jour du quadruple meurtre.

La gendarmerie a diffusé ce portrait-robot, le 4 novembre 2013, pour faire progresser l\'enquête sur la tuerie de Chevaline. 
La gendarmerie a diffusé ce portrait-robot, le 4 novembre 2013, pour faire progresser l'enquête sur la tuerie de Chevaline.  (GENDARMERIE NATIONALE / AFP)

Nouvel élément dans l'affaire de la tuerie de Chevaline (Haute-Savoie). La gendarmerie a diffusé lundi 4 novembre le portrait-robot d'un motard qui se trouvait dans la zone de la scène de crime, le jour où trois membres de la famille Al-Hilli et un cycliste français ont été tués. Francetv info revient sur cette nouvelle étape dans l'enquête.

Est-ce une nouveauté pour les enquêteurs ?

Non, la présence de ce motard sur les lieux du crime était connue de longue date, grâce à des témoignages d'ouvriers travaillant pour l'Office national des forêts (ONF). Cet homme a été vu sur la route de la Combe d'Ire, près de Chevaline, entre 15h15 et 15h40 le 5 septembre 2012, soit quelques minutes avant le quadruple meurtre. Les employés ont demandé au motard de quitter un chemin interdit aux véhicules lors d'un bref échange, qui s'est déroulé à 300 mètres du lieu des meurtres, quelques minutes avant le drame. Lorsque les forestiers ont quitté la zone, le motard roulait derrière leur véhicule. En passant devant le parking du Martinet, le lieu précis de la scène de crime, les ouvriers n’ont rien remarqué, le parking était vide. Mais à partir de là, tout en continuant leur chemin, ils ont perdu de vue le motard. Environ une demi-heure plus tard, on retrouvait les corps de Saad Al-Hilli, Britannique d'origine irakienne âgé de 50 ans, de sa femme et de sa belle-mère, tués de plusieurs balles dans la tête, sur le parking du Martinet. Un cycliste français, Sylvain Mollier, gisait, mort, à quelques mètres de là.

Jusqu'ici, les gendarmes avaient choisi de ne pas diffuser le signalement du motard, pour se donner plus de chances de confondre un éventuel suspect. "On se disait que si l'on retrouvait ce casque au cours d'une perquisition au domicile de quelqu'un d'intéressant pour l'enquête, c'était un élément à charge", a souligné le lieutenant-colonel Benoît Vinnemann, chef de la section de recherches de la gendarmerie de Chambéry. Les enquêteurs ont essayé de pister ce casque en épluchant les fichiers clients des distributeurs de ce modèle de type ISR, fabriqué par l'entreprise GPA, autrefois porté par les motards de la gendarmerie. Mais ce produit étant déjà ancien, retrouver ces clients s'est avéré très difficile.

Les enquêteurs ont en outre mené une veille sur les sites internet de vente d'occasion et identifié les vendeurs de ce type de casque. Après un an d'investigations, durant lequel plus de 500 motards ont été contrôlés, l'objet et son propriétaire sont restés introuvables, malgré une dizaine de perquisitions.

Pourquoi diffuser ce portrait-robot maintenant ?

Les investigations sur les acheteurs du casque n'ayant pas porté leurs fruits, les enquêteurs ont décidé de diffuser ce portrait-robot. Il a été élaboré à partir du témoignage des deux ouvriers de l'ONF. Lors de leur échange, l'homme a ouvert son casque, de type modulable, laissant apparaître un petit bouc. "Si le visage tiré du portrait-robot est relativement neutre, le casque est en revanche très caractéristique", a précisé un enquêteur à Benoît Gadrey, du bureau de France 2 à Lyon. 

La gendarmerie fait "appel à toute personne qui reconnaîtrait l'homme" figurant sur le portrait-robot, en soulignant que l'attention devait être portée sur le casque "de couleur noire ou foncée avec ouverture latérale au niveau de la mentonnière"Les enquêteurs attendent de nombreux appels car "beaucoup de gens avec un bouc et un casque pourraient correspondre" au signalement, selon le lieutenant-colonel Vinnemann.

Le portrait-robot ne donne toutefois pas d'indication sur la corpulence, la langue ou l'accent du motard. "On ne veut pas limiter les appels, ni se fermer de portes. C'est à nous de faire le tri avec les éléments dont on dispose", a expliqué l'officier.

S'agit-il du tueur ?

Pas forcément. D'après un enquêteur, "ce motard n'est pas forcément le tueur, mais on sait qu'il était à proximité de la zone du crime au moment des faits". Le procureur d'Annecy, Eric Maillaud, a confirmé que "rien ne permet d'affirmer que le motard est l'auteur des crimes", précisant que l'homme était considéré pour le moment comme un témoin.

Le procureur a également souligné qu'il y avait "un seul tireur" mais que celui-ci avait peut-être des complices. Près de 25 douilles ont été retrouvées sur la scène du crime et "elles proviennent toutes de la même arme", un ancien Luger en dotation il y a de nombreuses années dans l'armée suisse, a rappelé Eric Maillaud. "Il est vraisemblable qu'on ne la retrouvera jamais. Elle est intraçable dans la mesure où elle est très peu utilisée, hormis en Suisse", a ajouté le magistrat, précisant qu'il était facile de se procurer une telle arme si près de la frontière.

Depuis un an, les enquêteurs tentent également d'identifier le propriétaire d'un 4X4 BMW de couleur grise vu sur les lieux. Selon la BBC, le véhicule était doté d'un volant à droite et était conduit par un homme "légèrement chauve et à la peau sombre". Dans un premier temps, les enquêteurs s'étaient intéressés au frère de Saad Al-Hilli, Zaïd, qui avait été arrêté et entendu par la police britannique en juin dernier, avant d'être relâché faute de preuves.