Chevaline. Une équipe franco-britannique pour accélérer l'enquête

L'objectif de cette cellule commune est de lever des lourdeurs juridiques qui ralentissent les investigations.

Des gendarmes français à l\'hôpital de Grenoble (Isère), le 11 septembre 2012.
Des gendarmes français à l'hôpital de Grenoble (Isère), le 11 septembre 2012. (JEAN-PIERRE CLATOT / AFP)

TUERIE DE CHEVALINE - Les allers-retours au Royaume-Uni de gendarmes et magistrats français n'ont pas suffi à faire avancer l'enquête sur la tuerie de Chevaline. Elle promet d'être "longue et complexe", avait prévenu le 8 septembre le colonel Marc de Tarlé, chef du bureau des affaires criminelles de la gendarmerie, lors d'un déplacement dans la banlieue du sud de Londres où résidait la famille Al-Hilli. Résultat : une équipe d'enquête franco-britannique a été créée à Annecy (Haute-Savoie) vendredi 21 septembre. FTVi vous en dit plus sur ce dispositif.

Pourquoi cette équipe ?

Depuis le début de l'affaire, les enquêteurs français se sont heurtés à de nombreuses lourdeurs juridiques qui ralentissent les investigations. Ainsi, plusieurs commissions rogatoires internationales adressées par les juges d'instruction français ont été refusées par le ministère de l'Intérieur britannique. La raison ? Elles n'étaient pas suffisamment motivées au vu du droit pénal anglais.

Mais avec cette équipe franco-britannique, ces commissions rogatoires internationales deviendront inutiles. Le travail d'enquête se déroulera "comme si on était dans un seul pays, d'enquêteur à enquêteur ou de juge à enquêteur", a expliqué Eric Maillaud, procureur de la République d'Annecy. "Les enquêteurs des deux pays auront accès à l'intégralité du dossier comme s'il n'y avait plus de frontière", a-t-il ajouté.

Comment sera-t-elle formée ?

L'équipe est dirigée par les deux juges d'instruction français en charge de l'affaire. Elle sera composée de magistrats et policiers britanniques et de gendarmes français.

Pour l'instant, une centaine d'enquêteurs travaillent à temps plein sur cette affaire en France et au Royaume-Uni.

Quels seront ses premiers chantiers ?

Des milliers de documents doivent être épluchés, notamment ceux recueillis lors de la perquisition de la maison où vivait la famille Al-Hilli, à Claygate, près de Londres. "On est entré dans un travail de fourmi. On épluche tout : qui était la personne, quelle était sa vie, avait-elle des ennemis ? a expliqué le procureur d'Annecy. Cela revient à reconstituer la biographie des victimes pour trouver un mobile, ce qui représente des mois et des mois de travail."

Parmi le "monceau d'informations à examiner", Eric Maillaud cite notamment des données téléphoniques, des images de vidéosurveillance et de "nombreux supports informatiques".

Le magistrat estime que "c'est une enquête qui risque de durer énormément de temps. Bien souvent, les enquêteurs ont une conviction dans les premières heures de l'enquête. Là, on ne sait pas où on va. (…) On n'a pas l'ombre d'un nom dans le collimateur." Il reconnaît même que la piste d'"un tireur fou" n'est "pas fermée".