"Impulsif", "immature", "inerte" : les experts brossent le portrait des parents du petit Bastien

Après l'interrogatoire des parents du petit garçon de 3 ans et demi, mort dans un lave-linge, les experts psychologues et psychiatres ont analysé à la barre leur personnalité.

Christophe Champenois, accusé du meurtre de son fils, le 8 septembre 2015 devant la cour d\'assises de Seine-et-Marne, où il est jugé. 
Christophe Champenois, accusé du meurtre de son fils, le 8 septembre 2015 devant la cour d'assises de Seine-et-Marne, où il est jugé.  (ELISABETH DE POURQUERY / FRANCETV INFO)

Comment des parents peuvent-ils mettre leur enfant dans la machine à laver ? Pour tenter de comprendre un acte incompréhensible, trois experts ont livré leurs explications, jeudi 10 septembre, lors du procès de Christophe Champenois, jugé pour le meurtre de son fils devant la cour d'assises de Seine-et-Marne, et Charlène Cotte, la mère, qui comparaît pour complicité.

La présidente de la cour d'assises, Catherine Katz, s'interroge sur la responsabilité de l'accusé le vendredi 25 novembre 2011, au soir de la mort de Bastien. Le docteur Vincent Mahé, expert psychiatre, livre son analyse. "Le rejet de Bastien qui existait chez Christophe Champenois dès la naissance de l'enfant, n'a rien à voir avec l'enfant lui-même. Il le voyait comme un rival éventuel, qui pourrait lui faire perdre sa place de 'roi domestique', au sein de la famille", explique-t-il en parlant 
d'immaturité et d'égocentrisme. Il balaie une altération du discernement au moment des faits reprochés.

Après cet exposé, Catherine Katz demande :

"Donc vous dites qu'il était 100% responsable ?

- Absolument.

- Tout en voulant reconnaître une responsabilité, est-ce qu'on peut oublier, face à des actes d'une telle violence ?

- Oui, c'est possible, c'est une amnésie de type psychologique. Il peut se dire : 'c'est tellement horrible que je ne peux pas me l'approprier, je ne peux pas m'en souvenir', c'est possible."

Christophe Champenois, "plus impulsif que la moyenne"

Car depuis mardi, au premier jour de l'audience, Christophe Champenois affirme n'avoir aucun souvenir de la soirée. "Je ne me souviens ni de l'essorage, ni des cris, je ne me souviens pas de ma fille qui jouait avec Charlène, mais je veux bien admettre que je suis l'auteur puisque tout m'incrimine", déclare-t-il. "Il peut s'en souvenir mais il n'a pas envie de s'en souvenir. Quand on n'est pas fier de ses actes, on gomme, on ne s'appesantit pas sur ce moment, analyse le docteur Roland Coutanceau, autre expert psychiatre entendu à l'audience. Il évite ainsi d'être confronté à l'acte et au déroulé de l'acte."

Le spécialiste décrit Christophe Champenois comme "quelqu'un qui est plus susceptible que la moyenne, têtu et méfiant". Trois traits de caractère qui ont fait de lui un homme "plus impulsif que la moyenne". Et une "série de maldonnes" qui ont conduit à ce drame, selon l'expert : "Il a pu se dire : 'J'en veux à ma femme, je ne voulais pas m'occuper de Bastien à la naissance, il est turbulent et il me défie'. C'est la somme des facteurs qui a conduit au tragique de ce moment-là."

Le docteur Roland Coutanceau refuse de se mettre dans la tête de Christophe Champenois, mais interprète ce qu'il constate pour tenter de comprendre comment l'accusé a pu mettre son enfant dans la machine à laver. "Il peut se dire : 'Si dans le passé je l'ai enfermé, je veux continuer, je veux essentiellement lui faire du mal, je ne veux pas nécessairement le tuer'." "Mettre dans la machine à laver est un mode opératoire particulier mais qui reste dans le registre de l'acte de barbarie, de la torture", renchérit Vincent Mahé, qui n'est pas catégorique sur l'intention de tuer.

Le discours de la mère, "plaqué et mécanique"

La responsabilité de Charlène Cotte est une autre question centrale du procès. Pourquoi n'a-t-elle rien fait pour éviter la mort de Bastien ? Quand son petit garçon est enfermé dans le lave-linge, elle fait un puzzle avec sa fille. La présidente de la cour d'assises pose la question qui taraude le jury depuis le début de l'audience.

"Pourquoi vous ne vous battez pas comme une tigresse pour sauver votre enfant ?

- J'ai essayé d'y aller, il me repoussait, il m'a fait tomber.

- Pourquoi vous ne sortez pas prévenir les secours, alors ?

- J'étais comme un robot, je faisais ce qu'il me disait de faire, j'étais terrifiée."

"Lorsqu'on parle des circonstances dans lesquelles son fils est mort, son discours devient plaqué, mécanique, dépouillé de sentiments chaleureux", constate à la barre Corinne Descamps, experte psychologue et binôme du docteur Vincent Mahé. Elle décrit l'accusée comme immature, passive et inerte. "Elle s'en remet plus facilement à l'autre pour éviter d'avoir à prendre elle-même des décisions", juge-t-elle. C'est comme cela que Charlène Cotte a construit son couple avec Christophe Champenois.

"Pourquoi elle ne m'a pas empêché de faire ce crime ?"

Le docteur Vincent Mahé explique toutefois que Charlène Cotte n'était pas totalement soumise : elle aussi y trouvait son compte. "Elle était influencée par monsieur Champenois mais ce n'était pas un carcan, estime-t-il. Elle n'avait pas quelque chose qui l'empêchait de réfléchir autrement, d'agir." Christophe Champenois lui-même s'interroge : "Si elle aimait vraiment son enfant, pourquoi elle ne m'a pas empêché de faire ce crime ?"

"La question qu'on s'est posée, c'est : 'Est-ce que le choix ne s'est pas joué entre son enfant et le couple ?' Cela peut motiver son inertie", soumet de son côté Vincent Mahé. "Elle prend l'initiative de rapporter la 'bêtise' au père, sachant qu'il sera agressif (...). N'est-ce pas appuyer sur le bouton ?" lance l'avocate de la sœur aînée de Bastien, Catherine Bahuchet, faisant référence à une "bêtise" que Bastien aurait faite à l'école et qui aurait déclenché la fureur du père. Elle n'obtient pas de réponse claire, mais pose la question centrale du débat, qui permet de distinguer la non-assistance à personne en danger de la complicité. Charlène Cotte, comme Christophe Champenois, risque la réclusion à perpétuité.