Meurtres de l'Essonne : "J'accuse la place Beauvau de violer le secret de l'instruction"

Le syndicat de la magistrature accuse le ministère de l'Intérieur de chercher à profiter de cette affaire, en pleine période électorale.

Des policiers devant l\'immeuble où a été interpellé un des suspects, à Draveil, dans l\'Essonne. 
Des policiers devant l'immeuble où a été interpellé un des suspects, à Draveil, dans l'Essonne.  (BERTRAND LANGLOIS / AFP)

Le Syndicat de la magistrature (SM, gauche) a accusé dimanche le ministère de l'Intérieur d'avoir diffusé des informations "factuelles" sur l'affaire des quatre meurtres de l'Essonne "en violation du secret de l'instruction et au risque de mettre l'enquête en péril".

Deux hommes ont été interpellés samedi dans le cadre de cette enquête, l'un d'eux étant considéré par le ministère de l'Intérieur comme "un suspect très sérieux". Leur garde à vue a été prolongée dimanche.

"Une partie de la presse a été avertie de (la première) interpellation avant même les deux juges d'instruction" d'Evry chargés du dossier, a affirmé le président du SM, Matthieu Bonduelle. De même, des journalistes ont été informés "par la place Beauvau du nom des personnes interpellées et de certains actes d'investigation en cours et à venir". 

Claude Guéant dans la ligne de mire

 

"J'accuse la place Beauvau qui, parce qu'elle veut tirer prématurément les bénéfices, à quelques jours d'une élection, d'une enquête qui porte sur des faits très graves et angoissants pour la population, un, de violer le secret de l'instruction, deux, de mettre en péril les investigations", a poursuivi le magistrat.

"C'est extrêmement grave", a commenté le président du SM, a qui cette manière de faire rappelle notamment la récente affaire Merah à Toulouse lorsque, selon lui, le ministre de l'Intérieur "Claude Guéant était manifestement le directeur des opérations judiciaires".

"L'Intérieur communique à la place du procureur"

Et dans l'affaire du groupuscule salafiste Forsane Alizza, dont treize membres présumés ont été mis en examen début avril, "le chef de l'Etat avait annoncé en personne le résultat des perquisitions, alors qu'on était dans une information judiciaire menée par deux juges d'instruction antiterroristes", a-t-il rappelé.

"Dans toutes ces affaires, l'Intérieur communique en lieu et place du procureur et au risque de mettre en péril l'enquête (...). J'attends que le ministre de la Justice rappelle chacun à ses devoirs", a-t-il conclu.

Du côté de la Chancellerie, le porte-parole adjoint, Olivier Pedro-José, a seulement rappelé que "conformément à l'article 11 du code de procédure pénale, seul le procureur de la République peut rendre publics des éléments objectifs tirés d'une procédure, afin d'éviter la propagation d'informations parcellaires ou inexactes ou pour mettre fin à un trouble de l'ordre public".