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Meurtre de Mireille Knoll : on vous résume l'affaire dans laquelle trois accusés sont jugés

En 2018, cette octogénaire avait été tuée d'une dizaine de coups de couteau à son domicile. Le caractère antisémite du meurtre sera au cœur des débats lors du procès qui s'ouvre mardi 26 octobre devant la cour d'assises de Paris.

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Un autel est érigé en hommage à Mireille Knoll, devant son domicile à Paris, lors de la marche blanche en son honneur le 28 mars 2018.  (YANN CASTANIER / HANS LUCAS / AFP)

Après l'émotion nationale, le temps judiciaire. Deux hommes accusés du meurtre à caractère antisémite de Mireille Knoll, 85 ans, en 2018 sont jugés à partir de mardi 26 octobre devant la cour d'assises de Paris. Voici ce qu'il faut savoir sur cette affaire, alors que le procès doit se dérouler jusqu'au 10 novembre.

Une octogénaire poignardée onze fois

Le 23 mars 2018, Mireille Knoll, octogénaire atteinte de la maladie de Parkinson, est retrouvée morte chez elle. Son corps est découvert en travers de son lit médicalisé, lardé de onze coups de couteau, en partie carbonisé. La victime, de confession juive et qui avait fui Paris en 1942 pour échapper aux rafles antisémites, résidait seule dans son logement HLM de trois pièces situé dans le 11e arrondissement de Paris, où elle recevait régulièrement la visite de ses deux fils.

Ce jour-là, ce sont les voisins de Mireille Knoll qui appellent les pompiers vers 18h30, à cause de fumées dans l'immeuble. Au total, quatre départs de feux ont été constatés, a révélé quelques jours plus tard L'Express, qui a eu accès à la synthèse de l'enquête : deux au niveau du canapé du salon, un sur la chaise roulante qu'utilisait la vieille dame et un autre dans la chambre à coucher.

Trois personnes mises en examen

Deux hommes sont accusés du meurtre de Mireille Knoll. Le premier, Yacine Mihoub, 28 ans à l'époque des faits, est le fils d'une voisine de l'octogénaire, qu'il connaissait depuis l'enfance. Il avait l'habitude de rendre visite à la victime et était passé la voir dans son appartement le jour du meurtre, alors qu'il venait de sortir de prison.

L'enquête a déterminé que cet homme isolé et instable avait été rejoint sur place par Alex Carrimbacus, 21 ans. Ce deuxième suspect est présenté comme un marginal aux antécédents psychiatriques. Les deux hommes s'étaient rencontrés en prison, à Fleury-Merogis.

Tous deux ont été mis en examen quatre jours après le meurtre et placés en détention provisoire. Ils comparaissent devant la cour d'assises pour "meurtre sur personne vulnérable et commis en raison de la religion de la victime","vol aggravé" et "dégradation par moyen dangereux pour les personnes".

La mère de Yacine Mihoub, qui vit au septième étage de l'immeuble, a quant elle été mise en examen le 6 avril 2018 pour "modification des preuves d'un crime" et placée sous contrôle judiciaire. Elle est accusée d'avoir jeté les objets volés chez la victime par son fils et Alex Carrimbacus et, surtout, d'avoir nettoyé le couteau trouvé dans la chambre de Yacine et qui pourrait avoir servi au moment du crime. Elle est également jugée lors de ce procès.

Les deux suspects s'accusent mutuellement du meurtre

Les deux hommes ne livrent pas la même version de ce qu'il s'est passé le 23 mars 2018 et s'accusent mutuellement du meurtreAlex Carrimbacus dit s'être vu proposer par Yacine Mihoub de le rejoindre chez Mireille Knoll pour "un plan thunes". Il soutient l'avoir entendu accuser l'octogénaire de l'avoir "balancé", causant son incarcération. Dans la version d'Alex Carrimbacus, Yacine Mihoub aurait crié "tu vas me le payer", avant de l'amener jusqu'à son lit et de l'égorger aux cris de "Allah Akbar".

Yacine Mihoub affirme de son côté avoir invité Alex Carrimbacus pour "passer un bon moment" en buvant des verres. Une fois sur place, ce dernier aurait demandé si cette rescapée de la rafle du Vel d'Hiv était "blindée", avant de se servir parmi les biens dans le domicile qu'elle occupait depuis près de cinquante ans. Yacine Mihoub dit avoir ensuite entendu crier depuis la chambre et vu Alex Carrimbacus la poignarder violemment.

Chacun accuse également l'autre d'avoir lancé les différents départs de feu dans l'appartement. Aux enquêteurs qui s'étonnent qu'ils aient tout de même passé le reste de la soirée ensemble, tous deux expliquent avoir eu "peur" de l'autre. Des versions jugées "peu crédibles" par l'accusation car livrées par deux hommes connus pour leur propension à mentir et condamnés à plusieurs reprises.

Le caractère antisémite retenu

Le 10 juillet 2020, les juges d'instruction ont ordonné pour les deux hommes un procès aux assises, conformément aux réquisitions du parquet. La cour d'appel de Paris a confirmé, le 19 novembre 2020, le caractère antisémite du meurtre, contesté par les accusés.

Il a notamment été retenu sur la base de propos d'Alex Carrimbacus, qui affirme avoir "cru entendre" Yacine Mihoub "parler des moyens financiers des juifs, de leur bonne situation", et Mireille Knoll intervenir "pour expliquer que tous les juifs n'avaient pas de bonne situation", rapportent les juges d'instruction cités par l'AFP. L'enquête a par ailleurs montré "l'ambivalence de Yacine Mihoub vis-à-vis du terrorisme islamiste qui prône notamment l'antisémitisme", ont noté les juges, qui ont toutefois précisé que personne ne l'avait jamais entendu proférer de propos antisémites.

Cette explication avait fait réagir les avocats de Yacine Mihoub, Me Charles Consigny et Me Fabrice de Korodi, qui estiment que "les juges n'ont pas su résister à la pression de l'opinion publique". "Il n'y a aucun élément dans le dossier en dehors des déclarations d'Alexandre Carrimbacus qui donne un quelconque caractère antisémite à cette affaire", affirment-ils.

"Satisfait" du traitement par la justice de ce "dossier accablant", l'avocat des fils de Mireille Knoll, Me Gilles-William Goldnadel, espère de son côté un "châtiment sévère" pour cet "horrible crime".

Une affaire qui a provoqué un vif émoi

Ce meurtre, survenu un an après celui de Sarah Halimi, une sexagénaire juive jetée de son balcon, avait provoqué une très vive indignation dans le pays. Mireille Knoll a été "assassinée parce qu'elle était juive", victime du même "obscurantisme barbare" qu'Arnaud Beltrame, gendarme tué dans l'Aude, avait déclaré Emmanuel Macron en 2018, quelques jours après les faits. 

La classe politique avait unanimement condamné le meurtre de Mireille Knoll, qui s'inscrivait dans un contexte de hausses des actes visant la communauté juive en France. L'affaire avait ainsi ravivé les inquiétudes sur l'antisémitisme en France. Le Conseil représentatif des institutions juives de France (Crif) et d'autres organisations avaient lancé un appel à une marche blanche (qui s'est tenue le 28 mars 2018) en sa mémoire et en soutien à sa famille.

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