"Ce n'est pas parce qu'on est un délateur qu'on a le droit d'assassiner les gens" : le procès difficile de Claude Chossat, repenti sans statut officiel de la mafia corse

Le procès de l'ancien homme de main du milieu corse s'achève devant les assises à Aix-en-Provence. Il a aidé la justice sur certains dossiers mais n'a pas le statut officiel de repenti.

Les dossiers du procès de Claude Chossat, à la cour d\'assises des Bouches-du-Rhône, le 7 novembre 2019.
Les dossiers du procès de Claude Chossat, à la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, le 7 novembre 2019. (LAURE DE BEAULIEU / RADIO FRANCE)

Claude Chossat, devant la cour d'assises des Bouches-du-Rhône, à Aix-en-Provence, énumère toutes les affaires qu'il a aidé à résoudre. C'est son principal argument de défense et à la fois toute l'ambiguïté de ce procès qui se termine, pour un homme qui a collaboré avec la police mais qui n'est pas officiellement reconnu comme repenti, et n'a donc pas de statut particulier. Claude Chossat comparaît depuis le 28 octobre pour l’assassinat de Richard Casanova, l'un des parrains de l’organisation mafieuse Brise de mer, en avril 2008. Il nie et accuse un autre parrain, rival de la victime, mort depuis dans une explosion.

>> Justice : pourquoi Claude Chossat n’a pas le statut de repenti

"Si vous aviez aidé à ne pas commettre ce crime, ce serait différent", convient l'avocat général. La défense, elle, demande une peine atténuée. "Il peut bénéficier de la compréhension du jury populaire, de la cour d'assises, c'est ce que nous réclamons", explique maître Laurent Bouquet.

Il serait juste que Claude Chossat puisse, à un moment donné, reprendre le cours d'une vie normale, compte tenu de la collaboration plus qu'efficace qu'il a pu apporter aux services d'enquête.L'avocat de Claude Chossat, maître Laurent Bouquetà franceinfo

Pour la partie civile, il ne suffit pas d’avoir collaboré avec la police pour s'exempter de ses crimes. "Il tente par une manœuvre de solliciter, non pas le statut de repenti, mais celui de collaborateur de justice pour avoir une exemption de peine ou une réduction de peine. Sauf que ce n'est pas prévu par la loi, estime ainsi Pierre Bruno, avocat de la famille Casanova. Ce n'est pas parce qu'on est un délateur dans d'autres dossiers qu'on a le droit d'assassiner les gens, c'est assez compréhensible comme raisonnement."

Ce qu'il a amené, ce sont d'autres dossiers, qui sont sans rapport avec un assassinat. Moi je voudrais qu'il soit condamné pour ce qu'il a fait.L'avocat de la famille Casanova, maître Pierre Brunoà franceinfo

Dans la salle, Sandrine Chossat, son épouse, est inquiète. Elle compte sur la réflexion des jurés pour faire pencher la balance. "On ne lâchera rien de toute façon, on est des battants. Il sait ce qu'il a fait, ce qu'il n'a pas fait, il l'a bien dit. Mais du sang sur les mains, il n'en a pas. Donc il veut vraiment qu'il y ait justice, il veut vraiment s'expliquer, que sa voix soit entendue pour tout ce qu'il a fait."

Les jurés de la cour d'assises des Bouches-du-Rhône devront donc trancher, et prendre en compte, ou pas, cette situation très singulière du jugement d'un repenti.

Le procès de Claude Chossat, le reportage franceinfo de Laure de Beaulieu.
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