Le petit livre de comptes d'un réseau de dealers marseillais

Il gérait son réseau comme une PME. Et tenait scrupuleusement des comptes (frais, salaires, bénéfices) sur les pages d’un petit carnet. Les Stups sont tombés sur ce document rare en "purgeant" la cité de la Visitation, dans les quartiers nord de Marseille, là où se multiplient les règlements de compte sanglants.

(Anne-Christine Poujoulat AFP)

Le "bénéfice" y est inscrit en toutes lettres. Il dépasse les
100.000 euros à la fin de chaque mois, une fois déduits les "coûts de
fonctionnement" (50.300 euros) qui incluent notamment la "paye des employés"
et les "frais de nourriture".

Au rang des collaborateurs de ce véritable drive-in du cannabis et de la
cocaïne de la cité de la Visitation, les "nourrices" rémunérées
autour de 5.000 euros par mois pour cacher la drogue. Ou encore les "guetteurs",
6.000 euros mensuels, nets de charges et d’impôt, pour avertir le réseau en cas
de descente de police.

"Ils brassent tellement d’argent qu’ils se rêvent désormais en
chefs d’entreprise",

analyse un cadre policier dans les colonnes du Figaro, qui révèle l’affaire.

A la Visitation, ce petit commerce voyait défiler des dizaines de
clients chaque jour. Commande au café du coin, transaction dans les halls
d’immeubles : les clients faisaient le crochet en voiture aux différents "guichets"
pour payer et être servis. Un véritable drive-in de la drogue, cannabis
et cocaïne.

La marchandise arrivait en gros de l’Espagne, et le réseau en faisait également
descendre de la région parisienne en cas de rush .

Selon les
enquêteurs cités par le quotidien, la Visitation n’était pas un réseau
important – certains autres font vivre quatre ou cinq points de vente
similaires. Mais son démantèlement, ces derniers mois, attise les convoitises :
le marché a été laissé en friche et les gangs locaux se disputent le
territoire. C’est ce qui expliquerait les règlements de compte sanglants qui
émaillent les quartiers nord de Marseille depuis plusieurs mois.