"On entend Elodie mourir" : l'appel aux secours d'Elodie Kulik diffusé au procès de Willy Bardon

Willy Bardon, accusé du meurtre et du viol d'Elodie Kulik en 2002, comparaît libre et continue de clamer son innocence.

Jacky Kulik montre une photo de sa fille, Elodie Kulik, au tribunal d\'Amiens (Somme), le 21 novembre 2019.
Jacky Kulik montre une photo de sa fille, Elodie Kulik, au tribunal d'Amiens (Somme), le 21 novembre 2019. (DENIS CHARLET / AFP)

La diffusion de l'enregistrement de l'appel aux secours d'Elodie Kulik, violée et tuée en janvier 2002, a saisi d'effroi la cour d'assises d'Amiens (Somme), mercredi 27 novembre. Diffusé deux fois dans la salle d'audience lors du procès de Willy Bardon, il a plongé dans un silence total la cour comme le public, la partie civile comme la défense. Les jurés l'ont ensuite réécouté deux fois, à l'aide de casques audios.

C'est un enregistrement de 26 secondes, dans lequel on entend les cris de la victime de 24 ans, et les "allo" répétés de l'opératrice des pompiers. Sur sept secondes, dont moins de trois sont exploitables, "au moins" deux voix d'hommes, selon les experts, sont audibles, bien qu'assez lointaines. "C'est un moment naturellement fort en émotions puisqu'on entend Elodie mourir, en quelque sorte, dans cet enregistrement", avait résumé avant la reprise des débats Didier Seban, avocat de Jacky Kulik, le père de la victime.

"Une des pièces maîtresses" du dossier

Au cours de l'enquête, cinq personnes placées en garde à vue et auxquelles l'enregistrement avait été soumis avaient affirmé reconnaître la voix de Willy Bardon, en janvier 2013. Ce dernier avait ensuite été mis en examen. L'enregistrement constitue donc "une des pièces maîtresses" du dossier, selon les mots de Gabriel Dumenil, avocat de Willy Bardon. Il a d'ailleurs fait l'objet de 14 expertises au cours de l'enquête menée de 2002 à 2017. Son exploitation a occupé la quasi-intégralité des débats mercredi matin, et sera encore évoquée dans les prochains jours.

A la barre, Christophe Stecoli, ingénieur de police technique et scientifique, est ainsi venu présenter les conclusions d'une expertise qu'il avait menée avec une collègue en 2014. Il s'agissait de comparer la voix de Willy Bardon, enregistrée au cours d'une écoute téléphonique près de dix ans après les faits, avec les voix masculines entendues dans l'appel aux secours.

"Les experts n'ont pas de certitude"

Ce spécialiste a d'abord souligné la difficulté à réaliser ces travaux, étant donné la mauvaise qualité et la courte durée de ce dernier enregistrement, ainsi que la situation exceptionnelle d'énonciation. Et ses analyses, notamment de la hauteur de voix, de la vitesse d'élocution ou encore de l'accent du locuteur, "réduisent légèrement" la probabilité que la voix de Willy Bardon soit celle entendue dans l'appel passé par Elodie Kulik. "Il ressort que les experts n'ont pas de certitude, a déclaré Didier Seban à l'issue de l'audience. En revanche, les témoins et les proches ont reconnu la voix de Willy Bardon, et l'expert nous a confirmé que la reconnaissance par les proches valait beaucoup plus que la reconnaissance scientifique, et c'est ce qui compte."

La défense, au contraire, s'est engouffrée dans cet espace d'incertitudes : la reconnaissance vocale, "c'est le seul domaine dans lequel on nous dit que la science ne peut rien". "Des personnes, par leur seule reconnaissance vocale, pourraient obtenir des résultats meilleurs que la science ? Ce n'est pas sérieux, s'agissant de l'administration de la preuve devant une cour d'assises", a fustigé Gabriel Dumenil. "Une chose est certaine, j'ai malheureusement reconnu la voix de ma fille. Et ce n'est pas la seule voix que j'ai reconnue", a affirmé Jacky Kulik.