Cinq chiffres à retenir du rapport d'Amnesty International sur la peine de mort

Dans son rapport annuel, Amnesty International recense au moins 1 032 exécutions et 3 117 condamnations à mort dans le monde en 2016. Franceinfo revient sur les points principaux du rapport de l'ONG.

Des manifestants anti-peine de mort à Washington D.C. (Etats-Unis), le 17 janvier 2017.
Des manifestants anti-peine de mort à Washington D.C. (Etats-Unis), le 17 janvier 2017. (BRENDAN SMIALOWSKI / AFP)
avatar
Mathilde GoupilfranceinfoFrance Télévisions

Mis à jour le
publié le

Le nombre d'exécutions a baissé en 2016. D'après le rapport annuel d'Amnesty International sur la peine de mort, publié mardi 11 avril, l'année passée se classe pourtant comme la huitième la plus meurtrière depuis le début des statistiques de l'ONG, en 1982. La "tendance mondiale" est "l’abolition de la peine capitale", souligne l'organisation, qui milite en ce sens, mais la pratique reste répandue. Franceinfo décrypte les résultats de ce rapport avec cinq chiffres marquants.

Au moins 1 032 exécutions en 2016

Entre janvier et décembre 2016, Amnesty International a recensé au moins 1 032 exécutions dans 23 pays. Soit un tiers de moins qu’en 2015, année durant laquelle 1 634 personnes avaient été tuées dans 25 pays, un pic inédit depuis 1989. Malgré cette baisse "considérable", le nombre d’exécutions en 2016 reste supérieur à celui enregistré en moyenne depuis 1982 et le début des rapports de l’organisation. Sur les 35 dernières années, l'ONG a ainsi recensé une moyenne d'environ 697 morts par an. 

Comme les années précédentes, ce chiffre ne prend pas en compte la Chine. Avec "des milliers de personnes exécutées", le pays est considéré comme le plus meurtrier du monde, selon l’association. Mais les données sur la peine de mort y sont classées secret d'Etat. Impossible donc de les évaluer avec précision.

3 117 condamnations à mort, un record historique

Mais une baisse des exécutions ne signifie pas forcément une baisse des condamnations à la sentence capitale. En 2016, c'est même l'inverse, puisque malgré le ralentissement des exécutions, les condamnations à mort ont bondi de plus de 50%. Avec 3 117 condamnations recensées dans 55 pays, c'est la pire année jamais enregistrée par Amnesty International.

De fortes hausses ont été recensées dans 12 pays d’Asie et d’Afrique. Mais pour certains d’entre eux, comme la Thaïlande, cette augmentation est due au fait que les autorités ont fourni à Amnesty International des informations plus précises que les années précédentes.

Cinq pays plus meurtriers que les autres

La Chine reste en 2016 le pays qui a exécuté le plus de condamnés. L'ONG estime toutefois que "les exécutions [y] ont probablement diminué ces dernières années", après une réforme visant à diminuer le nombre d'actes passibles de la peine capitale.

En l'absence de statistiques officielles, si l'on exclut Pékin, les quatre pays suivants – l'Iran, l'Arabie saoudite, l'Irak et le Pakistan – sont responsables de près de 87% des exécutions recensées par l’ONG en 2016. Le nombre de personnes exécutées a toutefois diminué au Pakistan, avec une baisse de 73% par rapport à 2015. Idem en Iran (- 42 %), même si le pays représente encore à lui seul plus de la moitié de l'ensemble des exécutions enregistrées en 2016. 

Le nombre d'exécutions recule de 28% aux Etats-Unis

Pour la première fois depuis 2006, les Etats-Unis ne font pas partie des cinq pays ayant procédé au plus grand nombre de mises à mort. Avec 20 exécutions en 2016 (soit huit de moins qu’en 2015), ils se retrouvent au septième rang du classement d'Amnesty International, derrière l'Egypte. Ce chiffre, le plus faible enregistré dans le pays depuis 1991, s'explique en partie par des "difficultés liées à l’obtention des produits chimiques utilisés pour les injections létales", précise l’organisation.

Dans le détail, le nombre d'exécutions dans l'Etat de Géorgie a presque doublé par rapport à 2015 (passant de 5 à 9), alors qu'il a quasiment été divisé par deux au Texas (passant de 13 à 7). Ces deux Etats sont responsables de 80% de toutes les exécutions recensées dans le pays. La baisse est également valable pour les condamnations à mort. En 2016, 32 sentences capitales ont été prononcées, soit le nombre le plus faible depuis 1973.

La peine de mort est abolie dans 141 pays

Amnesty International rappelle qu'elle "milite en faveur de l’abolition totale de la peine de mort", quelles que soient la "nature ou les cironstances du crime" et la "méthode utilisée pour procéder à l'exécution". Le rapport annuel de l'ONG lui sert d'outil statistique pour demander l'évolution de la législation à travers le monde. En 2016, deux pays, le Bénin et l'île de Nauru, ont ainsi totalement aboli la peine de mort. La Guinée a quant à elle exclu les crimes de droit commun de ceux pouvant être punis de la sentence capitale. 

Le nombre de pays où le châtiment est aboli, en droit ou en pratique, est donc passé de 139 à 141 – soit près de trois quarts des Etats reconnus par l’ONU. Seuls 57 pays l’autorisent encore, y compris pour des crimes de droit commun, et sept Etats supplémentaires l’admettent seulement pour les crimes les plus graves. La peine de mort reste notamment en vigueur dans une partie de l'Afrique, ainsi qu'au Moyen-Orient et dans les quatre Etats les plus peuplés au monde : l'Inde, la Chine, les Etats-Unis et l'Indonésie.

En France, où le dernier condamné à mort a été exécuté en 1977, la peine capitale est interdite depuis 1981, même si certains, par le passé, ont milité pour sa réintroduction. Cela a notamment été le cas de Marine Le Pen, mais la leader du Front national a fait connaître son changement d'avis en 2017, et souhaite désormais "instaurer une peine de prison de perpétuité réelle incompressible pour les crimes les plus graves". Aujourd'hui, aucun des 11 candidats à l'élection présidentielle ne réclame le retour de la peine de mort.

Voir la vidéo
Franceinfo