Incendies en Gironde : comment expliquer la reprise des feux ?

En plus de la sécheresse et des épisodes caniculaires qui se poursuivent, le vent et la présence de tourbe dans le sol peuvent relancer des feux, une fois l'incendie éteint en surface.

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Un incendie sévit à Belin-Béliet (Gironde), le 10 août 2022.  (MAXPPP)

Après un mois de juillet éprouvant, des milliers de pompiers luttent de nouveau contre des brasiers dans des forêts complètement desséchées de Gironde. Près de 6 800 hectares de forêt de pins étaient partis en fumée jeudi 11 août au matin après des reprises de feu mardi après-midi du gigantesque incendie de Landiras (Gironde), a annoncé la préfecture.

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Le même incendie avait déjà consumé 14 000 hectares en juillet. "Le feu s'est élargi de tous les côtés et avec la hausse des températures, on a un feu qui a explosé à certains endroits", a expliqué le directeur départemental des pompiers de la Gironde.

La sécheresse et la canicule continuent

Premier facteur majeur : les conditions météorologiques restent favorables au déclenchement d'incendies. Les températures caniculaires qui "devraient se maintenir jusqu'à samedi et se conjuguent avec un air très sec" créent un "risque très sévère d'éclosion de feu", explique la préfecture, qui évoque la végétation et les sols "particulièrement secs après plus d'un mois sans pluie".

A titre d'exemple, des températures maximales comprises entre 33 et 36°C étaient attendues à partir du 10 août, des côtes atlantiques au Sud-Ouest en passant par la vallée du Rhône. C'est justement dans le Sud-Ouest qu'il fait le plus chaud cette semaine, avec des pointes à 36 voire 40°C localement, prévenait Météo France mardi. Jeudi, dix-neuf départements étaient placés en vigilance orange à la canicule, dont la Gironde.

Avec une végétation encore plus sèche qu'il y a trois semaines, "ce sont des véritables champs d'allumettes que nous avons à notre portée", affirme Anthony Collin, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine dans le domaine des incendies contacté par franceinfo. "On a déjà connu des étés très chauds mais on n'en a jamais connu d'aussi secs."

Pour le chercheur et pompier volontaire, le manque d'eau est un central dans la reprise des feux. "En général, lorsqu'un feu s'attaque au végétal, il doit d'abord le déshydrater, mais là, il n'a plus besoin de le faire étant donné la quantité très faible d'eau contenue dans les végétaux."

"Si on se retrouve avec de la végétation qui n'a presque plus d'eau, c'est toujours ça de gagné pour l'incendie. Cela lui permet d'avoir des vitesses de propagation plus importantes."

Anthony Collin, enseignant-chercheur à l'université de Lorraine

à franceinfo

Les vents et le danger des "sautes de feu"

Autre élément déclencheur : le vent. "Avec le vent, vous avez des 'sautes de feu', des particules qui vont être projetées parfois à plusieurs centaines de mètres et qui peuvent faire repartir le feu", explique à franceinfo Arnaud Mendousse, porte-parole des pompiers de Gironde.

Il s'agit de petites particules de bois qui "se retrouvent éjectées du front de flamme et propulsées plus loin, dans la végétation", précise Anthony Collin. Les vents et ces "sautes de feu" contribuent alors à accélérer la propagation des flammes, "ce qui donne l'impression d'avoir des incendies encore plus violents".

C'est ce qui se produit "quand un feu arrive à proximité d'une autoroute et que d'un seul coup, il se retrouve de l'autre côté", ajoute le chercheur. Ces vents sont d'ailleurs très redoutés par les pompiers, qui peuvent soudainement se trouver avec "un brandon dans le dos" qui redémarre un feu. "C'est pour cette raison que les collectivités utilisent de plus en plus de drones et de moyens aériens ; pour éviter un encerclement", ajoute Anthony Collin.

Des feux de tourbe, invisibles en surface

Les reprises d'incendies peuvent aussi s'expliquer par des "feux de tourbe", cette matière combustible spongieuse et légère, qui résulte de la décomposition de végétaux à l'abri de l'air. Ces feux se déclenchent une fois l'incendie éteint en surface, lorsque les racines et la végétation en décomposition continuent de brûler. "Il s'agit d'une combustion de la matière végétale en dessous du sol, parfois à quelques dizaines de mètres de la surface, qui se consume sans aucune flamme, en raison du manque d'oxygène", détaille Anthony Collin.

Cette tourbe peut ensuite progresser sur une centaine de mètres et resurgir sous forme de braises qui peuvent à terme se transformer en flammes, en cas de vents importants ou d'une activité humaine. "Cela veut dire que là, sous nos pieds, ça brûle de partout", commentait ainsi mercredi un sapeur pompier mobilisé en Gironde, auprès de France 2, à la vue de braises fumantes.

Un pompier asperge d'eau les sols calcinés, une fois le feu fixé à Cazaux (Gironde), le 24 juillet 2022.  (VALENTINO BELLONI / HANS LUCAS / AFP)

Sur le terrain, les sapeurs-pompiers déployés doivent alors s'atteler à scruter la végétation calcinée, pour surveiller toute fumée suspecte. "L'enjeu est de diminuer la température du sol pour que ce charbon arrête de se consumer", précise le chercheur. La seule solution pour contrer les nouveaux départs de feu est donc d'arroser abondamment le sol avec de l'eau et une mousse blanche qui humidifie le terrain.

Des risques de reprises de feu jusqu'à l'automne

Selon lui, seule une forte pluie est réellement efficace. "Il s'agit de surfaces tellement importantes qu'il faudrait réussir à humidifier des hectares entiers de ces zones potentiellement à risque."

"Le feu durera pendant des jours, des semaines voire même des mois, tant qu'il n'y aura pas des pluies intenses, qui vont éteindre le feu en profondeur, explique à franceinfo Jean-Luc Gleyze, président (PS) de la Gironde et du sdis de Gironde. Il est probable que ce soient les pluies d'automne, au mois d'octobre ou au mois de novembre, qui éteignent véritablement le feu".

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