Incendie de l'usine Lubrizol : plus de 100 maires et élus normands interpellent Edouard Philippe dans une lettre

Ils ont écrit mercredi au Premier ministre, lui demandant "d'engager le gouvernement et l'Etat" pour répondre aux "peurs, angoisses et questionnements" nés de l'incendie.

De la fumée s\'échappe de l\'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), le 26 septembre 2019.
De la fumée s'échappe de l'usine Lubrizol à Rouen (Seine-Maritime), le 26 septembre 2019. (JEAN-JACQUES GANON / AFP)

"La catastrophe Lubrizol n'est pas un incident local. C'est une catastrophe technologique, économique et écologique d'ampleur nationale, qui doit être traitée comme telle." Plus de cent maires et élus, à Rouen et en Seine-Maritime, interpellent dans une lettre le Premier ministre. Dans ce courrier, daté du mercredi 2 octobre et divulgué en intégralité sur le site actu.fr, ils demandent à Edouard Philippe "d'engager le gouvernement et l'Etat" pour répondre aux "peurs, angoisses et questionnements" nés de l'incendie de l'usine Lubrizol de Rouen.

Parmi les signataires, figurent Yvon Robert, maire socialiste et président de la métropole de Rouen, des conseillers municipaux rouennais, des maires et des élus du conseil départemental de Seine-Maritime et la sénatrice socialiste Nelly Tocqueville. Il s'agit de la retranscription d'une pétition lancée lundi à l'initiative du député socialiste Christophe Bouillon et du candidat du PS à la mairie de Rouen, par ailleurs ancien président de région, Nicolas Mayer-Rossignol.

A un détail près : les signataires enjoignent le gouvernement d'ordonner au préfet de mettre en œuvre des réparations aux frais "des responsables qui seront déterminés dans le cadre de la procédure", alors que le texte de la pétition désignait directement Lubrizol comme responsable.

Des demandes sur "quatre points concrets"

"Transparence" des informations, mise en place d'un "registre de suivi médical, à court mais aussi à long terme des personnes qui ont inhalé les fumées", "reconnaissance de l'état de catastrophe technologique" et "réparation rapide des dommages causés à l'environnement" : les élus demandent à Edouard Philippe d'engager le gouvernement et l'Etat "sur quatre points concrets".

Les élus souhaitent, en premier lieu, la transparence au nom de l'article 7 de la Charte de l'Environnement. Ils soulignent que cette transparence "doit non seulement viser la nature exacte de ce qui a brûlé, mais aussi la composition des polluants émis dans l'atmosphère, les sols, leur quantité, leur dangerosité".

Ensuite, ils demandent qu'un registre de suivi médical "soit immédiatement mis en place" pour les personnes exposées, "à commencer par les agents des services publics et les salariés de Lubrizol directement engagés dans l'extinction de l'incendie, les habitants les plus proches et plus largement l'ensemble des riverains concernés".

"Nous ne pouvons pas attendre vingt ans"

Les élus normands réclament aussi la reconnaissance de l'état de catastrophe technologique, pour lequel "il y a urgence". "Cette reconnaissance doit être prise par décret au Journal officiel dans les quinze jours suivant l'accident. Elle permet d'ouvrir pour les particuliers les droits à prise en charge", précise le courrier. "L'indemnisation immédiate des agriculteurs des 112 communes impactées" par l'interdiction de récolte et de collecte du lait, mais aussi des commerçants, "doit être mise en place", exigent les élus.

Enfin, ils sollicitent le Premier ministre pour une "réparation rapide des dommages causés à l'environnement", en rappelant le cas de la catastrophe d'AZF de Toulouse en 2001, dont "la procédure pénale est toujours en cours". "Nous ne pouvons pas attendre vingt ans", écrivent-ils. Pour éviter cet écueil, ils demandent à Edouard Philippe d'ordonner au préfet "d'exercer dès maintenant ses prérogatives de police administrative de l'environnement".