Contrôles des sites Seveso : "Les inspecteurs des installations classées ne sont pas indépendants", explique un inspecteur du travail

La mission d'information parlementaire a terminé son rapport sur l'incendie de l'usine Lubrizol à Rouen. Elle préconise notamment un renforcement des contrôles des sites classés Seveso.

L\'usine de Lubrizol dans la zone industrielle de Rouen, le 9 décembre 2019.
L'usine de Lubrizol dans la zone industrielle de Rouen, le 9 décembre 2019. (LOU BENOIST / AFP)

Près de cinq mois après l'incendie de l'usine Lubrizol, la mission d'information de l'Assemblée nationale a terminé ses travaux. Elle propose notamment d'instaurer un contrôle systématique sur les sites industriels qui n'en bénéficient pas et des inspections renforcées dans les entrepôts, en particulier autour des sites Seveso. Gérald Le Corre, inspecteur du travail, responsable CGT des questions de santé au travail en Normandie, a pointé mardi 11 février sur franceinfo "les inspecteurs des installations classées" qui selon lui "ne sont pas indépendants".

Franceinfo : Êtes-vous pour le renforcement des contrôles ?

Gérald Le Corre : Bien évidemment, il faut plus de contrôle. La question, c'est qu'est-ce qui se passe après les contrôles ? Aujourd'hui, les inspecteurs des installations classées ne sont pas indépendants et les décisions sont prises par le préfet de région qui, de notre point de vue, favorise à chaque fois qu'il en a l'occasion, les questions économiques plutôt que la protection des travailleurs et des riverains.

C'est quoi des inspecteurs indépendants ?

Ça serait par exemple l'Autorité de sûreté nucléaire. Aujourd'hui, les préconisations et les courriers sont totalement publics sur leur site. Ils ne prennent pas leurs consignes, ni du préfet, ni de madame Borne, ni de monsieur Macron. Et donc, il faut effectivement une indépendance renforcée pour ces agents-là.

Sont-ils assez nombreux ?

Sur la Seine-Maritime, c'est un agent qui contrôle aussi bien le risque incendie que l'explosion chimique pour 1 000 entreprises et c'est actuellement un peu mission impossible.

Les sanctions pénales vous paraissent-elles suffisantes ?

L'autre question absente du discours d'Elisabeth Borne comme de la proposition du député Damien Adam, concerne la question pénale. On l'a vu dans le passé. Une amende de 4 000 euros pour Lubrizol et Warren Buffett, ce n'est pas satisfaisant. Si on parle d'AZF, il faut 18 ans avant d'avoir une condamnation pénale définitive. Et donc, si on veut que les industriels arrêtent de jouer avec la vie des travailleurs et des riverains, il faut une justice qui soit plus rapide avec des sanctions pénales exemplaires.