Il y a 100 ans, le Léon-Gambetta coulait au large de l'Italie

Il y a 100 ans, jour pour jour, près de 700 marins français périssaient dans l'Adriatique. Un épisode et même une tragédie méconnue de la Première Guerre mondiale. Depuis dimanche (et toute la semaine) des cérémonies sont organisées dans les Pouilles, au sud-est de la péninsule italienne, pour leur rendre hommage alors que la plupart des corps n'ont jamais été retrouvés.

(Le Léon Gambetta coule dans la nuit du 26 au 27 avril 1915 © Bertrand Queneutte / RF)

Dans la nuit du 26 au 27 avril 1915, au large de l’Italie, la France perdait son tout premier navire durant le conflit. Chargé de surveiller le canal d'Otrante, le Léon-Gambetta, géant des mers fabriqué à Brest, était torpillé par un sous-marin austro-hongrois.

 

Sur les 821 membres d'équipages, 680 morts, dont beaucoup de Bretons

 

Sur ces 680 morts, plus de 630 corps n'ont jamais refait surface. Ce qu'il en reste gît encore dans ce cimetière maritime où personne n'est jamais descendu. Denise n'a ainsi jamais connu son grand père, Joseph Mary Le Roy, un Breton, originaire de Guerlesquin dans le Finistère : "il était à son poste du côté des machines. J'espère qu'il est décédé sur le cou. Peut-être est-il encore bloqué dans la salle des machines."

 

Sur place, 14 heures après l'attaque, les autorités italiennes ne retrouvent qu'une cinquantaine de cadavres, d'abord enterrés en Italie dans les Pouilles, avant d'être ramenés en France. En tout, la Bretagne perd cette nuit-là près de 200 hommes. Il faut dire que quand elles frappent, les torpilles ne laissent aucune chance aux navires français.

 

Michele Rosafio, responsable du sanctuaire de Santa Maria di Leuca, ce petit village de pêcheurs au sud-est de l'Italie et d'où sont partis les secours est l'auteur d'un livre sur la tragédie : "il n'y avait plus d'électricité sur le bateau et plus moyen d'envoyer un SOS. Il faisait nuit. La plupart des membres de l'équipage dormaient. Le bateau a coulé à pic en moins de 20 minutes."

 

137 marins parviennent à sauver leur peau

 

Parmi les 137 marins qui sauvent leur peau, une centaine réussit à se hisser dans l'unique canot de sauvetage à peu près épargnée par les deux explosions. Joseph Kermarec fait partie des miraculés. Avant de mourir, il raconte à sa fille cette nuit d'horreur. Yvonne témoigne aujourd'hui : "A chaque instant, il croyait que la chaloupe allait chavirer. Le sous-marin a refait surface. Ils étaient sur le sous-marin à regarder les hommes mourir."

 

Parmi les survivants, on trouve aussi le mécanicien Olivari. A l'époque, faute de moyen pour conserver la viande, des animaux vivants étaient embarqués sur le navire. Lui était ainsi parvenu à rejoindre la cote italienne sur le dos d'un bœuf...

Le reportage de Bertrand Queneutte
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