"Ici on soigne en tapant ou en shootant aux médicaments" : soupçons de violences dans un foyer pour handicapés de Seine-Saint-Denis

Depuis 2016, quatre mères ont porté plainte pour des soupçons de violences au sein d'une maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Bois. 

La maison d\'accueil spécialisée des Pavillons-sous-bois (Seine-Saint-Denis)
La maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-bois (Seine-Saint-Denis) (GOOGLE STREET VIEW)

La maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Bois, en Seine-Saint-Denis, accueille depuis 2011 une vingtaine de jeunes adultes polyhandicapés, souffrant pour la plupart d'autisme. Depuis 2016, quatre mères ont porté plainte pour des soupçons de violences. La dernière plainte remonte à quelques jours rapporte mardi 30 juillet France Bleu Paris. L'Agence régionale de santé (ARS) a reçu 13 signalements.

Il y a quelques jours, Monique, une mère de famille, a porté plainte après avoir reçu une vidéo sur son téléphone portable fin juin. Dans cette vidéo tournée en cachette lors d'une sortie extérieure, elle reconnaît les cris de douleur de son fils, frappé par un éducateur muni d'un bâton. "Je vais t'exploser", a pu entendre Monique sur la vidéo.

Hématomes, brûlures, fracture

Cette mère a également reçu des photos d'hématomes sur le corps de son fils. Elle a demandé des explications à la direction de la maison d'accueil spécialisée. L'établissement lui aurait répondu que son fils s'était fait ces bleus en se blessant tout seul. L'éducateur de la vidéo a été mis à pied.

Je pense qu'il a été brûlé avec une cigaretteMonique, mère d'un enfant de la maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Boisà France Bleu Paris

Isabelle, maman d'Elodie, a également constaté des hématomes sur le corps de sa fille : "Elle est revenue plusieurs fois avec de gros bleus sur les jambes. On m'a dit qu'elle s'était cognée contre des meubles", explique-t-elle à franceinfo. Ne croyant pas à cette excuse officielle, elle a porté plainte en avril 2019. Auditionnée, sa fille a déclaré que les personnes de la maison d'accueil spécialisée "étaient méchantes et qu'elles tapaient".

L'établissement placé sous administration provisoire par l'ARS

Selon Isabelle, la maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Bois fonctionne avec de nombreux intérimaires. "Il y a quinze jours, ma fille est revenue les bras complètement labourés de griffures", raconte-t-elle encore sur franceinfo, en expliquant que les personnels "ne savent pas gérer les enfants lors de crises". Contacté, un ancien employé de la maison d'accueil spécialisée de Pavillons-sous-Bois explique : "Ici on soigne en tapant ou en shootant aux médicaments".

Hélène, une autre plaignante, a retiré son fils de 29 ans, autiste, de la maison d'accueil spécialisée il y a un an, après avoir constaté plusieurs blessures sur son corps. "Il a été brûlé au second degré en allant prendre sa douche, explique-t-elle au micro de France Bleu Paris. Il a eu une fracture de l'humérus en mai 2013. On s'est aperçu très tard qu'il avait le bras qui pendait."

C'est de la maltraitance, par négligence, volontaire ou involontaire. En arriver là, c'est terribleHélène, mère d'un enfant autisteà France Bleu Paris

"J'attends qu'on fasse le ménage (au sein du foyer, ndlr), conclut Hélène. Ça fait un an que j'attends. C'est très long. Pourquoi est-ce que c'est si long ?". Sur franceinfo, Isabelle, la mère d'Élodie, espère que la vidéo et les photos publiées dans les médias feront "avancer les choses". "Très angoissée", elle n'a pas retiré sa fille de la maison d'accueil spécialisée, car "il est très compliqué d'obtenir des places" dans ce type d'établissement.

Mardi après-midi, l'Agence régionale de santé Île-de-France a annoncé avoir placé la maison d'accueil spécialisée des Pavillons-sous-Bois sous administration provisoire. L'établissement a été inspecté le 25 juillet. Des "actes de maltraitance à l'encontre d'un résident" ont été confirmés ainsi que "d’importantes carences en personnel", déclare l'ARS dans un communiqué, ajoutant que "la sécurité des usagers (...) n'est pas garantie".

Le reportage de Hajera Mohammad
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