Affaire Elisa Pilarski : où en est l'enquête sur la mort de cette femme enceinte qui a succombé à des morsures de chien ?

Un an après la mort de cette femme de 29 ans, deux expertises accablent le chien Curtis, qu'elle promenait en forêt et qui appartenait à son compagnon. Ce dernier conteste ces conclusions et demande des contre-expertises.

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La juge d'instruction et des témoins se rendent sur les lieux de la mort d'Elisa Pilarski, dans la forêt de Retz (Aisne), le 12 février 2020. (MAXPPP)

Un an après la mort d'Elisa Pilarski, femme enceinte de 29 ans dont le corps a été retrouvé dans une forêt de l'Aisne, les versions continuent de s'opposer. Plusieurs expertises ont conclu à la responsabilité de Curtis, le chien de son compagnon, qu'elle promenait au moment de sa mort. Ces analyses mettent ainsi hors de cause les chiens de chasse à courre croisés dans la forêt. Christophe Ellul, propriétaire de Curtis, conteste les conclusions de ces premiers rapports. Par l'intermédiaire de son avocat, Me Alexandre Novion, il a demandé "un complément d'expertise" ou "des contre-expertises", lors d'une conférence de presse, mardi 10 novembre.

Une hémorragie consécutive à des morsures

Elisa Pilarski était partie se promener, le 16 novembre 2019, en forêt de Retz avec Curtis, le chien de son compagnon, Christophe Ellul. Elle avait été découverte morte par son compagnon, après avoir succombé, selon l'autopsie, à une "hémorragie consécutive à plusieurs morsures". Le rapport médico-légal suggérait alors "l'action d'un ou plus probablement de plusieurs de chiens".

Deux expertises accablent le chien Curtis

Selon les expertises menées depuis un an, la victime, enceinte, a été tuée par le chien qu'elle promenait, a rapporté le parquet, le 3 novembre. Le rapport de deux experts vétérinaires portant sur l'"origine" et le "comportement" du chien ainsi que "sur une analyse des morsures" relevées sur le corps de la victime, a conclu à la responsabilité d'un seul animal, Curtis.

Des "opérations de recherche d'ADN et de comparaisons avec les traces retrouvées sur les prélèvements effectués sur les différents chiens", à savoir sur les cinq chiens d'Elisa Pilarski et de son compagnon et sur 33 chiens des 67 de chasse, ont été menées. Seul l'ADN de Curtis a été identifié à l'intérieur du tee-shirt de la jeune femme, précisait une source proche du dossier à franceinfo, au moment de la publication des résultats. Aucune trace d'ADN des 33 chiens de chasse n'a été retrouvée sur le corps de la jeune femme et "l'ADN de la victime" a été par ailleurs identifié sur plusieurs points de la tête du chien Curtis à partir de traces de sang, ajoutait le parquet dans un communiqué.

Son compagnon dénonce les analyses

L'expertise des vétérinaires "pèche sur de nombreux points", accuse Me Alexandre Novion, l'avocat du propriétaire de Curtis. Il regrette que "deux méthodes différentes" aient été employées pour réaliser des prélèvements sur les chiens chasseurs et sur le pitbull. La mâchoire de Curtis aurait été moulée, tandis que celles des chiens de chasse auraient été simplement mesurées à l'aide de "rubans et de règles".

Christophe Ellul dénonce également la partialité des résultats. En novembre 2019, des prélèvements ADN avaient été effectués sur 67 chiens : cinq appartenant au couple et 62 chiens "ayant participé à [la] chasse à courre (…) organisée à proximité", selon les autorités. "Comment on peut me dire aujourd'hui qu'on a fait une analyse de 30 chiens de chasse ?" s'est indigné l'homme endeuillé, réaffirmant avoir "vu des chiens de chasse", sur les lieux le jour du drame. "Quand Elisa m'a appelé, elle m'a dit qu'elle avait été mordue au bras et à la jambe par des chiens", a-t-il rappelé.

Une catégorie dite "dangereuse" de chien

L'animal, un "American Pitbull Terrier, provenant d'un élevage des Pays-Bas" aurait été "introduit illégalement en France par son acquéreur", expliquait le parquet. Il aurait "fait l'objet d'un dressage au mordant, forme d'apprentissage interdite en France et pouvant relever d'actes de maltraitance animale", et "de nature à abolir toute capacité de contrôle ou de discernement" chez l'animal.

Le compagnon d'Elisa Pilarski réfute ces accusations. "Curtis est entré en règle en France", assure-t-il, mardi 10 novembre. Le chien disposait d'un passeport européen, d'une puce électronique et était vacciné, explique-t-il. Christophe Ellul nie par ailleurs avoir dressé son chien "au mordant", comme avancé le rapport d'expertise. "Curtis n'a jamais fait de mordant, a répété son propriétaire. Il jouait."

Le chien est accusé d'avoir mordu son propriétaire au bras lors d'un passage à la gendarmerie et d'avoir blessé une bénévole du refuge de Beauvais dans l'Oise. "Je ne comprends pas, parce que Curtis n'a jamais mordu l'homme", a certifié Christophe Ellul. La morsure de la gendarmerie était "accidentelle" selon lui. "Il a voulu attraper le mousqueton (de la laisse) et pas mon bras", explique-t-il.

Une instruction judiciaire toujours en cours

Une information judiciaire contre X est en cours pour "homicide involontaire par maladresse, imprudence, inattention, négligence ou manquement à une obligation de prudence (...) résultant de l'agression commise par des chiens" est toujours en cours. "La procédure d'information doit toutefois se poursuivre, les parties pouvant solliciter des actes supplémentaires, mais il est essentiel que l'enquête se déroule dans un contexte désormais apaisé", a indiqué début novembre le parquet.

"A ce stade de l'instruction, les expertises se rejoignent et tendent à démontrer l'implication exclusive du chien Curtis dans les morsures ayant entraîné la mort" de la jeune femme, "sans qu'aucun élément ne permette de mettre en cause les chiens appartenant à la société de vènerie", a affirmé dans un communiqué le procureur général adjoint Eric Boussuge. Le défenseur du compagnon d'Elisa entend bien demander des précisions sur les rapports d'expertise qui ont été réalisés. "Curtis est innocent. Il n'aurait jamais tué Elisa", assure-t-il.

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