Evasion de Redoine Faïd : Taubira néglige-t-elle les prisons ?

UMP et FN ont vivement critiqué la garde des Sceaux et son ministère, estimant qu'elle est indirectement responsable de l'évasion du braqueur. Francetv info revient sur leurs arguments.

La ministre de la Justice, Christiane Taubira, devant la prison de Sequedin (Nord), le 13 avril 2013, après l\'évasion de Redoine Faïd.
La ministre de la Justice, Christiane Taubira, devant la prison de Sequedin (Nord), le 13 avril 2013, après l'évasion de Redoine Faïd. (PHILIPPE HUGUEN / AFP)

"Je réclame la démission de la ministre." Au téléphone, Stéphane Jacquot, secrétaire national chargé des prisons à l'UMP, ne tergiverse pas. Pour lui, l'évasion spectaculaire de Redoine Faïd de la prison de Sequedin (Nord) montre que Christiane Taubira est "dépassée par les événements et incompétente face à la question" pénitentiaire. Une position qu'il n'est pas seul à défendre dans les rangs de l'opposition depuis le samedi 13 avril.

Des fouilles insuffisantes ?

Dans une liste de griefs adressée à la ministre, Stéphane Jacquot pointe "l'insécurité" qui règne dans les prisons. Alors que Redoine Faïd est parvenu à faire entrer un explosif (du Semtex) et une arme de poing dans la maison d'arrêt de Sequedin, l'élu de droite relève que l'arrêt des fouilles systématiques aurait transformé les prisons en "passoires". Un argument repris par le député UMP Christian Estrosi ou encore par la patronne du Front national, Marine Le Pen, dimanche.

En effet, une loi pénitentiaire limite, en obligeant à les motiver (présomption d'infraction, dangerosité du détenu), les fouilles corporelles. Un traitement souvent vécu comme attentatoire à la dignité et qui a valu plusieurs condamnations à la France par la Cour européenne des droits de l'homme.

A écouter Marc Astasie, secrétaire général de la CGT pénitentiaire, cette loi a eu pour effet de voir "la drogue, les téléphones portables et de nombreux objets prohibés" proliférer dans les lieux de détention. "Nous avons le couteau sous la gorge", déplore le syndicaliste, qui souhaite le maintien "des fouilles à corps, jusqu'à ce que le gouvernement puisse mettre en place des appareils scanners".

Pierre Botton, de l'association Les prisons du cœur, tempère : "Franchement, tout ce qui rentre en prison, ce n'est pas forcément par le parloir avec les détenus." D'autant que les fouilles à corps n'ont pas disparu du paysage pénitentiaire, selon Nicolas Ferran, responsable juridique à l'Observatoire international des prisons (OIP). Son ONG a d'ailleurs attaqué plusieurs maisons d'arrêt qui "refusaient d'appliquer la loi" et sont régulièrement condamnées par les tribunaux administratifs.

Il ajoute que Redoine Faïd était signalé comme "détenu particulièrement surveillé" (DPS), et qu'il est donc étonnant qu'il n'ait pas été soumis à des fouilles, tout à fait légales. Un élu CFTC a d'ailleurs déclaré que la fouille au corps est automatique à Sequedin à la sortie des parloirs. Mais les détenus "peuvent cacher des objets" quand ils sont regroupés dans la salle d'attente en sortant du box, précise-t-il.

Par ailleurs, il paraît étrange de reprocher à Christiane Taubira d'être responsable de la limitation des fouilles corporelles. En effet, l'assouplissement de la législation sur la question des fouilles a été adoptée en 2009, sous le gouvernement de Nicolas Sarkozy.

Une désorganisation de l'administration ?

Mais ce n'est pas le seul reproche adressé à la ministre de la Justice. Stéphane Jacquot relève aussi une certaine "désorganisation" au sein des prisons.

Selon lui, elle tient à un "manque d'expertise de la ministre", qui ne s'intéresserait pas au délabrement des prisons françaises. S'adressant à Christiane Taubira, il rappelle notamment que le cabinet du directeur de l'administration judiciaire "ne comporte aucun cadre pénitentiaire, tout comme votre propre cabinet. Cela montre votre considération pour nos prisons."

Le syndicaliste Marc Astasie remarque aussi que les trois principaux syndicats avaient demandé une "fouille intégrale de l'établissement". "L'administration ne s'est pas souciée de répondre", ajoute-t-il. Pourquoi ? "Il y a peut-être une certaine désorganisation de l'administration, et puis aussi un souci dans la manière dont ils écoutent la demande des personnels. Cela illustre le problème du dialogue social. On est souvent en attente de réponses qu'on peine à obtenir."

Une ministre qui se désintéresse des prisons ?

C'est peut-être le principal reproche adressé par Stéphane Jacquot à Christiane Taubira. Pour lui, "il n'y a pas d'évolution depuis que nous avons une nouvelle garde des Sceaux", "elle délaisse" les prisons, plus préoccupée par la bataille du mariage pour tous. 

A la CGT, on est plus modéré. "On ne peut pas dire qu'elle ne s'intéresse pas aux prisons. Depuis son arrivée, on a vu une circulaire pénale, on attend un projet de loi prochainement, mais on attend des gestes forts", explique Marc Astasie. 

Même position à l'Observatoire international des prisons. "On est assez constructif, Christiane Taubira remet en cause la spirale répressive avec une volonté de rupture, mais des questions pénitentiaires restent délaissées. Après l'affaire des Baumettes, par exemple [le contrôleur des prisons avait dénoncé les conditions de détention dans cette prison marseillaise], on n'a pas vu de réaction forte. Pas sûr que les choses changent", ajoute Nicolas Ferran. Pierre Botton, des Prisons du cœur, se contente de répondre par un "No comment".