Meurtres dans la Drôme et en Ardèche : ce que l'on sait du drame qui a coûté la vie à une conseillère Pôle emploi et à la DRH d'une entreprise

Un homme a tué deux femmes jeudi matin à Valence et dans une commune voisine avant d'être interpellé par la police. Une enquête pour "assassinats" a été ouverte et un lien a été établi avec le meurtre d'une autre femme mardi.

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L'agence Pôle Emploi Victor Hugo à Valence où le tireur a abattu une conseillère avant de prendre la fuite et d'abattre la DRH de l'entreprise Faun, à Guilherand-Granges. (WILLY MOREAU / RADIOFRANCE)

Un homme a été interpellé jeudi 28 janvier, après avoir tué deux personnes à Valence (Drôme) et dans une commune à proximité, Guilherand-Granges (Ardèche), rapporte France Bleu Drôme Ardèche. Voici ce que l'on sait de ce double homicide. 

Deux meurtres devant témoins

Un homme a ouvert le feu jeudi vers 8h30 dans l'agence Pôle Emploi située avenue Victor Hugo à Valence, avec une vingtaine de personnes présentes. Il est entré dans les locaux, s'est rapproché des bornes de recherche d'emploi, a rencontré plusieurs agents lors de son parcours jusqu'à la sortie où il a sorti son arme et tiré une fois sur une conseillère Pôle Emploi au niveau du thorax. La femme est morte quasiment sur le coup.

Le tireur a ensuite repris sa voiture, traversé le Rhône pour se rendre chez Faun-Environnement, une société située à Guilherand-Granges, à moins de dix kilomètres de Valence. Une quarantaine de salariés étaient présents. Il a demandé à voir un responsable qui ne travaille plus dans cette entreprise, est alors monté dans les bureaux et a tiré à deux reprises sur une femme. Touchée au niveau de l'abdomen et du visage, elle est morte peu après à l'hôpital.

Le suspect a été interpellé par la police trois quart d'heures plus tard, vers 9h15 sur le pont Mistral qui permet de relier les deux communes. La police a repéré son véhicule grâce aux signalements d'un agent Pôle Emploi qui a noté sa plaque d'immatriculation. Les trois policiers qui ont percuté la voiture du tireur ont été légèrement blessés.

Les victimes sont deux femmes

La première victime est une conseillère Pôle Emploi de l’agence Victor-Hugo à Valence (Drôme), âgée de 53 ans et mère de deux enfants. Patricia était "très appréciée", de ses collègues, a rapporté la ministre du Travail, Élisabeth Borne , venue les rencontrer après le drame. Selon le procureur de la République de Valence, Alex Perrin, le suspect "ne connaissait pas cette agent". 

La deuxième victime est la DRH de Faun-Environnement à Guilherand-Granges (Ardèche). Géraldine Caclin avait 51 ans et était elle aussi mère de deux enfants scolarisés en classe de 4ème et de seconde à Valence. Elle travaillait dans l'entreprise depuis une dizaine d'années. "Tous les salariés sont très touchés, certaines collègues ont beaucoup pleuré", a raconté Philippe Fayat, délégué CFDT chez Faun et secrétaire du CSE à France Bleu Drôme-Ardèche. "Je connaissais bien Mme Caclin, je la voyais tous les mois comme je suis secrétaire du CSE, elle faisait son travail et moi aussi, parfois on riait, parfois c'était plus compliqué", confie-t-il. "Je lui avais dit que je voulais écrire un livre sur mes mémoires, sur mes années de représentation syndicale dans l'entreprise, la fin du livre va être très très dure", conclut le syndicaliste en pleurs.

Le tireur, un ingénieur au chômage

Le suspect est un ingénieur de 45 ans originaire de Meurthe-et-Moselle qui a travaillé pendant deux ans chez Faun en tant qu'ingénieur entre 2008 et 2010. Il a été ensuite licencié et a été inscrit à l'agence Pôle Emploi de Valence. Toujours sans emploi, il est désormais inscrit à l'agence Pôle Emploi de Nancy, en Meurthe-et-Moselle, où il réside. 

Le suspect n'avait "pas d'antécédents judiciaires", affirme le procureur de Valence. Son domicile à Nancy a été perquisitionné mais ses motivations restent inconnues : "Il n'y a pas de logique particulière", seulement "un lien avec l'emploi". Une source proche de l'enquête indique que l'homme était en possession de deux armes de poings.

Le procureur de la République de Valence a ouvert une enquête pour "assassinats". L'homme a emporté un calibre 9 mm et des munitions avant de se rendre à l'agence Pôle Emploi. Il a ciblé également des endroits qu'il connaissait, mais il n'y aurait pas eu de lien auparavant avec les victimes. 

Un lien a été confirmé avec un meurtre en Alsace

Des vérifications étaient en cours en raison de similitudes entre les faits qui se sont produits dans la Drôme et en Ardèche et l’assassinat d’une DRH dans le Haut-Rhin mardi 26 janvier. Le lien a été confirmé vendredi matin, a appris franceinfo de source proche de l’enquête. Joint par France Bleu Drôme Ardèche, le procureur de Valence n’a pas souhaité faire de commentaire, ces faits ne faisant pas partie pour l’instant de son dossier. Il a indiqué que le suspect était "mutique" et qu’il n’expliquait pas précisément ses motivations pour l’instant. 

Une femme d’une trentaine d’années a été abattue mardi 26 janvier dans sa voiture sur le parking de son entreprise à Wolfgantzen, non loin de Colmar. Elle était DRH dans la société Knauf. Le même jour, à Wattwiller, un homme s'était fait tirer dessus mais n'avait pas été touché, l’agresseur l’ayant raté d’une dizaine de centimètres, selon son témoignage à France Bleu Alsace. Cet homme a identifié son agresseur comme étant celui qui a tué deux personnes dans la Drôme jeudi, a indiqué source proche de l’enquête. Il a par ailleurs indiqué aux enquêteurs qu’il se souvenait d'avoir licencié le suspect entre 2006 et 2008.

De nombreuses réactions

Nicolas Daragon, le maire de Valence, a exprimé sa "stupeur, tristesse et sidération" après ces meurtres. Il a adressé "un message de compassion aux équipes de Pôle Emploi, aux personnels de Faun-Environnement" et présenté ses "plus sincères condoléances aux familles et aux proches de ces deux victimes d’actes gratuits, sauvages, inqualifiables alors qu’elles venaient simplement faire leur travail". 

Toutes les agences Pôle emploi de France seront fermées vendredi 29 janvier. Les agences Pôle Emploi dans la Drôme ont été fermées, une décision de la direction prise peu après l'interpellation du tireur. Les salariés et les syndicats se disent très choqués. Jean Bassères, le directeur général de Pôle Emploi, et la ministre du Travail, Élisabeth Borne se sont rendus sur place jeudi après-midi.

Le Premier ministre Jean Castex a adressé son soutien aux familles et aux proches des victimes.

Par ailleurs, des cellules psychologiques ont été mises en place sur les deux sites.

De son côté, la CGT a réagi au drame : "Nous présentons toutes nos condoléances et apportons notre soutien à sa famille, à ses collègues et l’ensemble des agents de Pôle emploi", peut-on lire. "Dans ce contexte de crise sanitaire, sociale et économique, les situations d’accueil dans les services publics et les organismes de protection sociale sont particulièrement difficiles, ajoute le syndicat. La misère sociale et le désespoir d’une partie de la population peuvent malheureusement engendrer ces passages à l’acte. Un drame a été évité récemment, ce 14 janvier, au Pôle emploi de Toulouse." Le syndicat demande que "des mesures et des actes soient pris immédiatement en faveur des populations les plus impactées" et "d’abandonner toutes les mesures coercitives qui stigmatisent les usagers."

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